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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:43
"Il y a tous les degrés à l'imitation. Les historiens d'art savent gré à des artistes d'avoir été disciples de prédécesseurs. Ils ne prononcent pas alors le terme d'imitation, qui sonne un peu mal, mais celui d'influence. C'est même chez eux une obsession d'attribuer à toute œuvre de ces influences, sans que la pensée leur vienne d'en faire grief à son auteur. Ils l'en créditent même, y trouvant à son œuvre une justification. Au point qu'ils sont prêts à décrier l'œuvre si elle ne peut se prévaloir de telles références. Ce n'est certainement pas mon point de vue, dès lors que je n'attribue de mérite qu'à l'invention.
[…]
Je suis bien convaincu qu'il entre chez les faussaires une part émouvante de profonde adhésion aux œuvres imitées. Peut-être sont-ils plus honnêtes en faisant attribution du fruit de leur travail à l'artiste qu'ils ont copié que ne l'est l'imitateur qui signe l'imitation de son propre nom. J'ai visité naguère avec effarement l'atelier d'un faussaire qui ne peignait qu'à l'œuf, sur des fonds d'or, des vierges copiées des tableaux primitifs. Il faisait ces peintures avec une passion enfiévrée, s'identifiant aux vrais peintres de ce temps révolu, dont il avait fait seins le mode de vie et la mentalité. Il ressentait ces œuvres pleinement , y prenait pleine source d'extase. Etait-il coupable? C'est s'il avait fait des peintures procédant de positions d'esprit différentes de celles-ci devenues les siennes qu'il l'aurait été. […]
On peut dire à la fin que tout artiste est un faussaire, s'appliquant à faire ce qu'il imagine que ferait un merveilleux artiste qui demeure à venir et qu'il incarne. D'où résulte que tout le monde est plus ou moins faussaire et que tout faussaire ne l'est que pour une part."

Je suis toujours aussi réjouie de lire de tels propos, hors de l'"artistiquement correct".
Ce livre (Bâtons rompus), je le trimballe partout avec moi depuis 1998, et cette branche de bougainvillée témoigne.
Lecture salutaire, anti-normative, heureusement que je peux y puiser des forces de temps à autre.

Dubuffet.jpg

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publié par L'atelier d'Annik - dans Sources de réflexion
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commentaires

josée 14/03/2010 14:35


Voilà, ça j'ai compris, et je le trouve fort interessant et pertinent. Il n'y a pas lontemps j'ai re-lu le livre sur le faussaire Han Van Meegeren qui faisait de vraie/fausses copies de Vermeer. Il
est intéressant de lire ce processus d'identification du copieur avec le peintre.


L'atelier d'Annik 14/03/2010 17:25


Oui, en effet, comme si les gestes pour produire une même image pouvaient en remontant la source produire une même identité!


flora 13/03/2010 18:49


Cela fait un moment que je suis silencieusement ton blog, Annik, mais toujours avec beaucoup de plaisir. Ces extraits de Dubuffet me font l'effet d'autant de respirations fraîches et originales
(j'ai vu sa grande exposition à Paris, il y a quelques années).
amicalement: flora 


L'atelier d'Annik 14/03/2010 17:24


Merci de ta visite et de ton commentaire, Flora. Oui, Dubuffet est frais, ébouriffant et incroyablement d'actualité, en ces temps où la norme et les marchands reviennent en force… 


tilk 12/03/2010 22:27


je suis perduadé que même s'il faut trouver sa voie qu'on se nourri des autres
besos
tilk


L'atelier d'Annik 14/03/2010 17:22


Eh oui, on se nourrit de tout ce qui passe à notre portée, même de nos fantasmes!


Nadir 12/03/2010 21:59


Je retiens de ce texte l'idée du plaisir ressenti, même en imitant d'un manière plus ou moins consciente la façon des "maîtres". Il faut sans doute accepter d'être un peu faussaire, sans quoi on
risque bien de ne rien faire du tout! La formation académique passe par l'imitation, bien souvent. Mais lelle pousse aussi à y glisser sa propre céativité, à injecter un peu (ou beaucoup) de soi.
Défi permanent à assumer?


L'atelier d'Annik 14/03/2010 17:21


Lorsque le fait d'être faussaire est assumé, que ce soit de l'ordre de la copie d'œuvre ou du fantasme d'être l'artiste qu'on rêve d'être, c'est plutôt pas mal… Là où le bât blesse, c'est lorsque
lesdits artistes se mettent à faire "à la manière de", ou se réclament d'une école, et que cela est reconnu comme gage de la qualité intrinsèque de ce qu'il produit…


Emma-trottoir bleu 12/03/2010 20:37


tellement indispensable ces mots...


L'atelier d'Annik 12/03/2010 20:41


Merci d'être passée me voir… Oui, des mots qui parlent vrai.


.

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