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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 17:50
Encore un passage dont je me délecte:

"Entre la sécrétion mentale et la production d'une œuvre qui la restitue et la transmette, il y a, c'est bien vrai, une très difficultueuse opération de mise en forme que chacun doit inventer telle qu'elle convienne à son propre usage. C'est bien plus vite fait d'y utiliser la formule de mise en forme que tient toute prête à disposition le culture. mais qui s'en saisit constate aussitôt qu'elle n'est propre à moudre qu'une seule sorte de grain, qui est le grain spécifique de la culture; elle le tient de même à disposition. D'où farine facilement faite, mais ça n'est plus du tout la vôtre.
La culture tient aussi à disposition un modèle de cervelle, faite de son grain, pour mettre à la place de la vôtre." 

La culture comme processus d'acculturation… C'est plutôt savoureux, et sonne pour le moins juste pour moi.
Désirons-nous nous nourrir de ce grain transgénique et du même coup alimenter ce système qui nous dévore, ou sommes-nous prêts à désherber notre propre jardin, pour y cultiver des variétés plus râpeuses, moins grasses et moins policées, mais ô combien savoureuses?

Petit parallèle personnel entre la culture comme marchandise et l'industrie de agro-alimentaire…
Je m'égare, mais pas tant que ça: la notion de subversion n'est pas loin dans les deux cas, et c'est précisément la notion sur laquelle Dubuffet poursuit son texte.
La création affranchie des marchands comme substrat d'une autre organisation du monde?

1953--paysage-a-l--auto.jpg 
Dubuffet – Paysage à l'auto 1953  
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12 mars 2010 5 12 /03 /mars /2010 17:43
"Il y a tous les degrés à l'imitation. Les historiens d'art savent gré à des artistes d'avoir été disciples de prédécesseurs. Ils ne prononcent pas alors le terme d'imitation, qui sonne un peu mal, mais celui d'influence. C'est même chez eux une obsession d'attribuer à toute œuvre de ces influences, sans que la pensée leur vienne d'en faire grief à son auteur. Ils l'en créditent même, y trouvant à son œuvre une justification. Au point qu'ils sont prêts à décrier l'œuvre si elle ne peut se prévaloir de telles références. Ce n'est certainement pas mon point de vue, dès lors que je n'attribue de mérite qu'à l'invention.
[…]
Je suis bien convaincu qu'il entre chez les faussaires une part émouvante de profonde adhésion aux œuvres imitées. Peut-être sont-ils plus honnêtes en faisant attribution du fruit de leur travail à l'artiste qu'ils ont copié que ne l'est l'imitateur qui signe l'imitation de son propre nom. J'ai visité naguère avec effarement l'atelier d'un faussaire qui ne peignait qu'à l'œuf, sur des fonds d'or, des vierges copiées des tableaux primitifs. Il faisait ces peintures avec une passion enfiévrée, s'identifiant aux vrais peintres de ce temps révolu, dont il avait fait seins le mode de vie et la mentalité. Il ressentait ces œuvres pleinement , y prenait pleine source d'extase. Etait-il coupable? C'est s'il avait fait des peintures procédant de positions d'esprit différentes de celles-ci devenues les siennes qu'il l'aurait été. […]
On peut dire à la fin que tout artiste est un faussaire, s'appliquant à faire ce qu'il imagine que ferait un merveilleux artiste qui demeure à venir et qu'il incarne. D'où résulte que tout le monde est plus ou moins faussaire et que tout faussaire ne l'est que pour une part."

Je suis toujours aussi réjouie de lire de tels propos, hors de l'"artistiquement correct".
Ce livre (Bâtons rompus), je le trimballe partout avec moi depuis 1998, et cette branche de bougainvillée témoigne.
Lecture salutaire, anti-normative, heureusement que je peux y puiser des forces de temps à autre.

Dubuffet.jpg
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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 21:23
Il faut que je vous parle de cet autre livre, "Bâtons rompus", le dernier livre de Dubuffet. Ce sont des entretiens fictifs rédigés à partir d'entretiens réels, qu'il a réécrits, probablement insatisfait des questions qu'on lui posait.
Encore un livre dans lequel je picore et dont je me régale périodiquement depuis des années. 

"Q. – A vous lire, n'importe quelle image peut indifféremment offrir un bon support à la pensée pour peu que celle-ci opère un réglage convenable établissant la bonne adaptation.
R. – Je demande à une image qu'elle produise sur l'esprit un effet d'éveil. Je la trouve inopérante si elle n'imprime pas à la pensée un brusque changement dans son assiette et son mouvement. Le mal contre lequel doit lutter la pensée est l'extinction dans l'immobilité de normes inchangées."

J'adore cette idée de brusque changement dans son assiette. J'imagine la cervelle opérant un quart de tour dans la boîte crânienne, saisie par ce que les neurones lui transmettent… 
Par-dessus tout, l'idée d'éveil me plaît. Elle est si fondamentalement différente de l'idée de "beau", je m'en régale et cela me renvoie plutôt au Tao Te King
J'ai encore de quoi méditer un peu, chic…

jean-dubuffet-corps-de-dame.jpg  
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7 mars 2010 7 07 /03 /mars /2010 15:48
Encore un extrait qui prend une résonance particulière aujourd'hui:

"[…] le grand mal auquel je pense est l'effet dévastateur du prestige conféré à certains ouvrages – par les prix marchands qu'ils obtiennent et par les hommages qui s'ensuivent (ou vice versa). Les honneurs démesurés rendus à ces ouvrages apparaissent au public motivés par des raisons obscures, le persuadent que la valeur des productions d'art résulte de critères qu'il ne perçoit pas, le détournent en conséquence de s'aventurer à y porter lui-même affection et encore plus à s'y adonner pour son propre compte. Les officiers de culture se complaisent d'ailleurs à maintenir cette démoralisation du public, voire à l'aggraver tant qu'ils peuvent dès lors que, solidaires du corps d'Etat qui est constitué gardien de la notion de valeur, et chargé d'attribuer les brevets de valeur, il est pour eux capital de la présenter comme  mystérieuse et rare, perceptible à eux seuls, ne pouvant naître qu'en leurs rangs. Toute leur vigilance est mobilisée à empêcher que le public puisse mettre en question le privilège de leur Eglise et fasse crouler tout le système en prenant l'idée que ces valeurs sont imaginaires et que l'est pour commencer la notion de valeur elle-même.

Les artistes sont, à peu près tous sans exception, complices de cette imposture, plutôt d'ailleurs à cause d'un enchaînement que par impulsion directe. Sans la pression de l'état de choses existant, c'est seulement d'affection pour leurs œuvres qu'ils seraient en quête […]"

Dubuffet soulève là les questions centrales du capitalisme: créer de la rareté pour accroître la valeur des choses est un mécanisme bien connu. Nous, artistes, tombons en courant dans le piège: nous nous précipitons par milliers vers un même but: concours, foire de l'art, distinctions, etc., certains que seul un nombre très restreint d'entre nous seront admis au cénacle, qui lui seul est en mesure d'adouber les heureux élus.
Tiens… ça me rappelle quelque chose… Cette course, originaire, dont nous sommes tous issus…

Est-ce vraiment pour entrer dans cette course que nous nous sommes mis à créer? Ne nous sommes pas plutôt conformés, à contre-cœur ou de gaîté de cœur, à la structure hyper-hiérarchisée de notre environnement?
Mais quelle est l'impulsion à créer, au départ, au tout début de notre désir?
Nous en souvenons-nous seulement?

On dit l'artiste égotiste, créant pour être aimé, reconnu, pour panser des blessures narcissiques  (le grand enfant), ou lorsqu'il "réussit", pour gagner beaucoup d'argent (le grand imposteur)…

Si la structure sociale était différente, qu'en serait-il? On perçoit l'artiste depuis la structure sociale telle qu'elle est, et on l'y place commodément.
Et si l'on regardait les choses à l'envers, à partir de l'humain, tel qu'il a toujours été, en amont de la structure sociale?

La création est simplement fondamentalement humaine: le moyen d'exprimer ce que les mots ne permettent pas.
Nous partageons cet élan d'expression de l'indicible avec nos ancêtres depuis 35'000 ans.
C'est la façon qu'ont les individus de notre espèce d'exprimer ce qu'ils ressentent devant ce qui les dépasse – la sidération, l'angoisse, la transe, le désir, par des paroles qui ne séparent pas, mais les rassemblent.

D'une faculté universelle, cette société marchande a fait un objet de commerce.
De notre sensiblité la plus profonde, elle a taillé les rameaux qui auraient été disgracieux sur l'étal.
Et nous, artistes, nous nous laissons faire, car nous y sommes jusqu'au cou.

Merci encore, Jean, pour ces contrées où tes écrtis m'emmènent!

01--Jean-DUBUFFET--Galeries-Lafayette--1961--gouache-sur-pa.jpg
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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 16:15
Je ne peux m'empêcher d'en livrer ici un autre extrait.
La lecture de Dubuffet a sur moi l'effet d'un coup de vent frais dans le visage, voire d'une cure de désintoxication culturelle… 
Ça me paraît essentiel de temps à autre pour éviter de me laisser engluer dans la normose ambiante, en particulier le formatage culturel.

Page 89:
"Il n'y aura plus de regardeurs dans ma cité; plus rien que des acteurs. Plus de culture, donc plus de regard. Plus de théâtre – le théâtre commençant où se séparent scène et salle. Tout le monde sur la scène, dans ma cité. Plus de public. Plus de regard, donc plus d'action falsifiée à sa source par une destination à des regards – s'agisse-t-il de ceux propres de l'acteur lui-même devenant, dans le moment qu'il agit, son propre spectateur. Dans le moment qu'il agit? Ce ne serait que demi-mal. C'est avant même d'agir que l'inversion s'opère, l'acteur se transportant dans la salle avant d'agir, en sorte qu'à son action sen substitue une autre, laquelle n'est à vrai dire plus du tout la sienne, mais celle d'un autre, qu'il se donne en spectacle. Tel est l'effet du conditionnement de la culture. Elle entraîne pour l'action de chacun d'être remplacée par celle d'un autre. Mais nous qui sommes conditionnés, qui ne pouvons pas nous défendre de nous regarder agir, qu'allons-nous faire? Nous allons tendre nos efforts à nous regarder moins. Au lieu de consentir au principe du regardement et de nous y complaire, au lieu d'argumenter de ce que doit être un bon spectacle (et un bon regard), nous allons essayer de fermer un peu les yeux, détourner la tête, au moins par cours moments, et progressivement un peu plus longs; nous allons nous entraîner à l'oubli et à l'inattention, afin de devenir, je ne dirai pas entièrement (c'est bien sûr impossible), mais peu à peu au moins davantage, le plus que nous le pourrons, acteurs sans public. Ne vous arrêtez pas un instant à l'objection que ma cité est une étoile hors de portée; ce n'a pas d'importance qu'il y ait au bout d'un chemin l'absurde et l'impossible: il y a l'absurde et l'impossible au bout de tous les chemins si on les suppose rectilignes. C'est le sens dans lequel on marche qui est efficient, c'est la tendance, la posture. De ce qu'il y aurait au bout du chemin, ne vous soucie pas. Il n'y a pas de bout aux chemins, pas de bout qu'on atteigne." 

180801265_small-copie-1.jpg

Quel délice… 
Lire, puis foncer à l'atelier! 
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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:28
Comme c'est vivifiant pour moi de me replonger de temps à autre dans la lecture de Dubuffet…
Je le lis en désordre et en travers, et je suppose que Dubuffet l'aurait pris comme un hommage.

Une petite lichette:
" Ce n'est pas tant par son insistante présentation d'œuvres du passé que la culture est nocive. Ce n'est là qu'une de ses fonctions et qui constitue plutôt un cérémonial préalable: ce qu'est l'anesthésie avant l'opération. Son action la plus néfaste consiste dans l'apport d'un vocabulaire. Elle propose – non, elle impose – des mots de son cru qui, véhiculant des concepts préfabriqués, peuplent ensuite l'esprit et le jalonnent; devenant pour lui sémaphores. Il est à remarquer que ce mobilier de mots encombre la pensée de notions simplistes et on peut même bien dire toutes fausses à cause de simplification excessive; tout mot est grossièrement simplificateur, isolant une notion de toutes les autres auxquelles elle tient, tendant à immobiliser ce qui est mobile, à fixer ce qui est en permanente mouvance, à livrer la notion dépouillée des jeux de lumière qui l'éclairent, la transformant en simple chiffre, qui n'est d'elle qu'un écho éteint, appauvri, dénaturé. Le vocabulaire, grand recours de la culture, est l'ennemi de la pensée. Plus on l'accroît, plus celle-ci se voit encombrée – encombrée de meubles pesants et fixes, de corps morts – et privée de son espace."

Posé le livre, à moi les grands espaces, l'envie de gambader dans désert de Gobi me reprend, me voici délivrée du savoir, du bien-penser, de la bienséance, et de tout ce fatras qui ligote la création… Je cours à l'atelier.

Merci Jean!

Dubuffet4-Venus-au-Trottoir-1946.jpg

Jean Dubuffet, Vénus au trottoir, 1946
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14 janvier 2010 4 14 /01 /janvier /2010 07:00
Je me suis attelée depuis quelque temps à la lecture de Théorie de l'art moderne, transcription de conférences données par Klee en 1924 à la Société des Beaux-Arts de Iena.
La première question que ce livre me pose, c'est celle de la langue.

Je suis interpellée par la pensée
en allemand. Je m'étais déjà formulé semblable questionnement en tentant de lire le Capital de Marx. Je suis déroutée à la lecture de l'un comme de l'autre. J'ai l'impression d'une pensée méthodique, mais hachée, fragmentée, et mon esprit français plus lyrique ne voit pas du tout où l'auteur veut en venir, ce qui me rend incapable d'en suivre le fil sans en connaître le but. 

A la réflexion, il me semble qu'il s'agit d'un problème de syntaxe. Les traducteurs n'y sont pour rien: lorsqu'on pense dans une langue dans laquelle le verbe est à la fin des phrases, il semble logique qu'on pense autrement. Le verbe à la fin de la phrase me paraît autoriser l'orateur à exiger l'attention de son auditoire, à l'emmener pas à pas là où il le souhaite, sans l'en informer à l'avance. Il a ainsi tout le loisir de dérouler logiquement ou chronologiquement les observations qu'il a accumulées pour formuler son hypothèse, prenant son temps, imprégnant ses auditeurs de ce qu'il a noté, puis, forçant l'adhésion, il peut d'un coup asséner sa conclusion, qui découle de la manière dont il a choisi les exemples qui illustrent sa théorie.
De mon point de vue, c'est insupportable. D'une part je ne peux fixer mon attention sur une suite d'exemples sans savoir ce qui les relie, et d'autre part lorsque la conclusion tombe abruptement sans que je puisse relier à ma manière les exemples entre eux pour confronter ma vision des choses à celle de l'auteur, cela me frustre terriblement. Cela me force (si l'intérêt est suffisant) à relire, une fois en possession de l'objectif de l'auteur, afin de pouvoir apporter mentalement des contre-exemples ou une autre manière de relier ceux que l'auteur présente entre eux. Ereintant…
 
L'esprit de la langue française fonctionne tout autrement me semble-t-il. Nous présentons d'abord les grands traits de ce que nous voulons développer. Nous argumentons, contre-argumentons, nous polémiquons tout seuls s'il le faut. Mais il y a une place au dialogue, à l'autre. Ce balancement, comme une démarche, comme une mélodie et son contrepoint, nous permet d'avancer en souplesse, de convaincre (peut-être) notre auditoire en le prenant en compte. 
C'est exactement cela qui me met en colère devant ces textes traduits: je ne me sens pas prise en compte en tant que lectrice. Sans doute faut-il parler allemand, vivre en Allemagne pour comprendre cette manière de penser. 

Bien sûr, le but ultime de la création selon le Bauhaus était la construction, et tous les artistes-penseurs qui y ont œuvré ont cherché à déterminer quels en étaient les éléments fondamentaux: cette recherche qui sous-tend les interventions de Klee renforce probablement encore ce sentiment de fractionnement.

Tout bien pesé, je peux enfin m'essayer à lire. N'ayant pas accès à une pensée qui se développe de manière transparente, mais à une sorte de liste d'assertions et d'observations, je fais mon marché. Je pique çà et là des phrases avec lesquelles je résonne, je colle des post-it partout dans le livre.
Je vous ferai part non pas de ce que le livre expose, mais de la façon dont j'y résonne – c'est toujours ainsi que je lis d'ailleurs.

Klee01

Enfant, j'avais choisi de mettre au-dessus de mon lit une reproduction de ce tableau, qui me touche toujours énormément.
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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 11:26
"Me débattant avec la tache, il y a des combats. […]
Je repousse. […]
D'ailleurs, repousser c'est également se dégager, briser les chaînes, recouvrer sa liberté, c'est l'envol.
Ne pas prendre, «repousser» pour ce que ça n'est pas et que ça ne va pas rester.
Noyau d'énergie (c'est pourquoi son objet ou son origine n'importe) il est l'obstacle et le tremplin magique qui va me donner ma vitesse de libération.
L'art est ce qui aide à tirer de l'inertie.
Ce qui compte n'est pas le repoussement, ou le sentiment générateur, mais le tonus. C'est pour en arriver là qu'on se dirige, conscient ou inconscient, vers un état au maximum d'élan, qui est le maximum de densité, le maximum d'être, maximum d'actualisation, dont le reste n'est que le combustible – ou l'occasion."


Henri Michaux – Peinture à l'encre de Chine, 1961 
 

Je ne m'étais encore jamais formulé la notion d'énergie dans l'art de cette manière-là.
En revanche, j'ai toujours été sensible aux yeux des artistes, en particulier ceux de Picasso, qui m'ont toujours fascinée par la profondeur du regard et l'énergie immense qu'il contient, furieux même au repos…



La colère comme énergie…
Elle est à utiliser sans modération, elle se renouvelle autant qu'on veut, ne pollue pas, ne produit pas de gaz à effets de serre…

En un mot:
Fulminez!


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18 septembre 2009 5 18 /09 /septembre /2009 22:55
"Dès que je commence, dès que se trouvent mises sur la feuille de papier noir quelques couleurs, elle cesse d'être feuille, et devient nuit. Les couleurs posées presque au hasard sont devenues des apparitions… qui sortent de la nuit.
Base des sentiments profonds. De la nuit vient l'inexpliqué, le non détaillé, le non-rattaché à des causes visibles, l'attaque par surprise, le mystère, le religieux, la peur… et les monstres, ce qui sort du néant, non d'une mère."


Henri Michaux – Gouache sur fond noir, 1938
 

C'est bien vrai, la feuille cesse très vite d'être feuille.
Souvent, pour moi, elle devient peau.
Le noir l'envahit parfois; lorsqu'il commence à s'étendre, pour moi ce n'est pas la nuit. C'est plutôt sous la peau un gouffre au-dessus duquel je me penche. Mon angoisse alors, c'est qu'il ne reste plus rien de blanc, plus rien qui me retienne d'y tomber. Vertige… Le peu de blanc qui subsiste prend alors une intensité aiguë.
D'autres fois
la peau est diaphane, et laisse voir l'intérieur du corps d'où émanent des vagues, respirations tantôt tranquilles, violentes ou cahotiques… Ce sont comme des boîtes imbriquées: corps, émotions, pulsions…
L'encre traverse le tout, pour venir se plaquer sur la feuille, trace en deux dimensions de ces  univers imbriqués, immenses et minuscules.
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11 septembre 2009 5 11 /09 /septembre /2009 07:30
"Dans la peinture, le primitif, le primordial, mieux se retrouve.
On passe par moins d'intermédiaires et qui ne sont pas vraiment intermédiaires, n'étant point partie d'un langage organisé, codifié, hiérarchisé.
On peut peindre avec deux couleurs (dessiner avec une). Trois, quatre au plus, ont pendant des siècles suffi aux hommes pour rendre quelque chose d'important, de capital, d'unique, qui autrement eût été ignoré.
Des mots, c'est autre chose. Même les moins évoluées des tribus en ont des milliers, avec des liaisons complexes, des cas nombreux demandant un maniement savant.
Pas de langue vraiment pauvre. Avec l'écriture, c'est pire. Encombrée par l'abondance, le luxe, le nombre de flexions, de variations, de nuances, si on la fait «brute», si on la parle brute, c'est malgré elle."


Henri Michaux, dessin tiré de "Les feuilles libres", juin 1927


Oh comme j'adhère à ce passage…
Le langage est si policé… Il a plié, s'est soumis, a admis d'entrer dans le monde des civilisés. Il y a de la sensation au cerveau, puis aux émotions, puis à la main, tout un chemin de renoncements, de bienséance, de convenances, même dans les écrits les plus crus, sauf dans les écrits surréalistes peut-être. 
Alors que le dessin, la peinture, le trait, sont en mesure d'être en prise directe sur le corps et les tourbillons qui l'habitent. Pas de pensée préalable. Pas de mots. Un mouvement interne et la main part, sans intention, sans autre souci que de tracer fidèlement les secousses qui lui ont été imprimées de l'intérieur, telle l'aiguille d'un sismographe sur le papier.

Mais j'aime aussi les mots. Je les savoure, lorsque je tente de rendre compte dans l'après-coup des aventures qui se jouent dans l'instant, dans l'interstice entre le ressenti et le papier, dans la fascination des traces qui se posent malgré moi – quand tout va bien.

Voir aussi Michaux I 
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