Pourquoi taisons-nous nos choix, en tant qu'artistes?
Le champ de la création est tellement vaste, que nous n'avons de cesse de le restreindre, de le borner, pour ne pas nous perdre. Sinon, quid des écoles, des mouvements, des groupes d'artistes, des manifestes?
Nous nous restreignons à quelques techniques, à des éléments de représentation formelle, à des parti-pris quant à notre rapport à l'abstraction, à des gammes de tons et de couleurs, de lumières, à des jeux de volumes, d'espace; nous avons nos gestes; nous aimons lisser ou sculpter, taillader ou assembler; nous y mettons du corps, de l'affect, ou de l'intellect; nous parlons de nous, de la société, du commerce de l'art; nous avons établi notre rapport aux autres moyens d'expression, tels que l'écrit, le spectacle, le son; nous nous montrons ou nous nous cachons, tout en croyant souvent faire le contraire.
Dans tous les cas nous faisons des choix. Nous n'utilisons jamais dans une seule œuvre tout le champ du possible dans le domaine de la création.
Ces choix, nous n'en parlons pas. Cette époque ne nous incite pas à le faire.
Il y en a eu d'autres, où les mouvements d'artistes brandissaient des manifestes.
De nos jours, non. Comme si le fait de revendiquer une incidence sur la création mettait en péril sa légitimité. Alors nous le faisons en secret, devant l'impossibilité de créer sans d'abord opérer ces choix.
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