A partir de quoi créons-nous?
J'aimerais m'essayer à en dresser une liste.
- dessin spontané, sans apport culturel (art brut, dessin enfantin)
- travail dans ou s'inspirant fortement d'un style existant (travail à la manière d'un artiste ou d'une école donnés, art populaire, art traditionnel, arts primitifs, art pariétal)
- reproduction du réel (trompe-l'œil, classicisme, réalisme, hyper réalisme)
- travail sur la perception visuelle (impressionnisme, op art, illusion d'optique)
- restitution de la subjectivité (fauvisme, expressionnisme)
- recherche formelle (art déco, cubisme, abstraction et ses divers courants, constructivisme)
- travail sur la matière, le matériau (support/surface, body art)
- restitution du mouvement (futurisme, action-painting, performance)
- prise en compte de l'espace (installation, travail in situ, land art)
- travail sur les correspondances avec les autres sens (dadaïsme, installation sonore, lumineuse, performance également)
- mise en œuvre d'un concept (ready-made, art conceptuel, minimalisme)
- mise en évidence des forces, équilibre, déséquilibre (arte povera)
- mise en formes à partir des forces de l'"inconscient" (surréalisme, dessin automatique, dessin médiumnique)
- mise en formes à partir des forces affectives (néo-expressionnisme, nouvelle figuration, création franche, expression créatrice)
Je suppose que cette liste n'est ni exacte ni exhaustive. Je serais heureuse de la corriger et de la compléter grâce à vos remarques si vous en avez (laissez un commentaire ci-dessous).
Le champ du possible est si large, que nous nous échinons tous à le restreindre. Finalement, la question n'est-elle pas plutôt: quels choix faisons-nous pour créer?
C'est peut-être plus dans les choix que nous opérons que dans les sujets que nous traitons, que nous nous laissons découvrir. Les procédés que nous choisissons de mettre en œuvre montrent notre plus ou moins grande implication intellectuelle, physique, affective dans les différents plans de la création.
Mais inventons-nous réellement? Ne reformulons-nous pas plutôt le monde, chacun à notre manière? Dès lors, à partir de quand s'agit-il réellement de création?
Vu sous cet angle-là, je pense que la notion de sujet est tout à fait secondaire. Quel que soit le sujet, nous serons confrontés aux mêmes choix, aux mêmes positions à prendre face au réel.
Le sujet est donc un prétexte – mais pré-texte quand même, dans le sens où son choix ou son absence va colorer les choix suivants.
Pour ma part, j'ai fait le choix d'explorer le champ de l'expression sans m'encombrer d'idée préconçue ni de sujet.
Mon minuscule défi est de laisser les tracés se dérouler le plus possible en dehors de ma volonté, dans un dialogue avec ces chatoiements affectifs plus ou moins tendres ou violents qui leur font écho. C'est aussi de refuser les relents de dogmes qui font surface – la composition, la qualité du trait, la bienséance artistique. Je me plais à rejeter les formes trop évidentes qui surgissent inévitablement – personnages, bestiaire ou autres éléments de décor. Oui, ils existent bel et bien dans mon imaginaire, mais c'est plus profond que je souhaite me rendre.
En créant, j'éprouve un besoin impératif d'être en adéquation avec ce que je ressens toute entière. Je suis bien incapable de dire pourquoi, mais certains traits, certaines matières, formes, valeurs, sont à un moment donné en parfaite adéquation avec mon organisme entier, et d'autres non.
La forme qui subsiste alors sur le papier ne me satisfait totalement que lorsqu'elle est en phase avec ce ressenti global, bien mieux que par des critères esthétiques extérieurs.
Ce n'est qu'une mue, trace de la rencontre entre l'ensemble de ces sensations et la matière. Elle est, dans l'idéal, juste plus que belle.
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