Etre en état de liberté
A chaque geste, je l'espère, et je trace la peur au ventre. Et là, c'est sûr que c'est foutu: plus j'ai peur, plus j'abîme tout, plus j'ai peur, …
D'autres fois, sans savoir pourquoi ni comment, j'y suis, dans cet état de liberté.
Je trace, je pose, j'étale, en confiance, certaine que ce sera le bon geste.
A ce moment, je suis en mesure de jouer avec ce que je fais, d'observer ma main traçant, de rire de ce qui se passe sur le papier. Et c'est juste. Et c'est du nouveau, ce n'est même pas repris des surprises précédentes.
Ah, si je pouvais y être sur commande, dans cet état de liberté…
Si j'observe un peu, je peux y parvenir lorsque je suis dégagée de tout impératif:
- pas de contingences de temps (je n'ai pas l'heure dans l'atelier)
- pas d'idée de publication
- même pas de désir d'avoir réalisé quelque chose "de bien" dans la journée
J'y parviens lorsque je suis juste là, dans l'instant, avec moi-même et mon plaisir de peindre, de former une image.
Oui, il y a bien un projet global: celui de réaliser des installations de mes moments de peinture, comme de petits éclats de temps et d'états lourds ou légers qui se succèdent et se correspondent.
Il y a bien sûr le projet de montrer ce travail.
Mais si je veux parvenir à cet état de liberté, ce projet doit disparaître à l'horizon. Pour être juste, il me faut être totalement plongée dans le présent.
En état de liberté, il n'y a pas de futur.
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