Le plaisir de maculer
Vieux souvenirs: "Il est beau ton bonhomme!". On devrait interdire aux parents de dire ça.
Vous n'avez rien compris. Ce n'est pas un bonhomme. Pour vous faire plaisir, et pour flatter mon égo en chantier de petite fille, je n'ai pas dit que ce n'était pas un bonhomme.
On se construit sur des compromis, des inexactitudes, des à-peu-près.
On est faits du regard des autres, des concessions qu'on lui concède, de ces renoncements honteux.
Là, là, je suis grande. Je peux aller au bout de la forme. Quelle jouissance de la décoiffer, la salir, la malmener, voir comment ça fait si on gribouille tout… Refus de la ligne claire, du geste maîtrisé. Bonheur des outils qui handicapent, des accidents féconds.
Il n'y a que dans l'inconnu qu'il y a de la création. Le connu est momifié.
Lorsque j'ai peur de tout foutre en l'air, c'est un indice. Je suis sur le seuil du connu, la porte est ouverte, et de l'autre côté, rien. Le vide… La seule chose à faire, c'est de sauter.
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