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Crise humanitaire: signifiants et signifié

Publié le par L'atelier d'Annik

Qu'est-ce que ce nouveau vocable, qu'on entend fréquemment prononcer dans les médias depuis quelque temps? Je dois dire que je ne le comprends pas.

Crise désigne étymologiquement une décision, un choix, un acte à poser, impliquant un changement.
Par extension, le mot a ensuite désigné des déséquilibres profonds, dans le champ politique, économique, social.
Pour ma part, je trouve déjà cette extension hasardeuse, car elle montre à quel point il est difficile pour le plus grand nombre et en particulier pour les gouvernements et les médias qui en ont la bouche pleine d'envisager la crise comme quelque chose de salutaire, libérateur, comme un signe de santé indiquant la nécessité d'un changement, comme la radieuse possibilité d'un avenir qui corresponde mieux aux besoins. Du point de vue des institutions et gouvernements, on parle de "gestion de crise", ce qui consiste à déployer tous les efforts possibles pour tuer l'expression du problème dans l'œuf; erreur à mon avis explosive.

Humanitaire qualifie des actions philanthropiques, qui visent au bien de l'humanité au nom de la solidarité humaine. Il s'agit d'empathie, de générosité, suivies d'actions pour que nous vivions tous dans de meilleures conditions. Cet adjectif est splendide.

Mais alors, que signifie l'accolement de ces deux mots: crise + humanitaire?
De l'étymologie, je peux déduire ceci: il s'agit d'une décision à prendre, qui tienne compte des besoins exprimés de manière paroxystique par les populations, de façon à assurer le bien-être et le bien-vivre de l'humanité.
C'est louable, grand, généreux, magnifique. Compte tenu de la fréquence à laquelle on utilise le vocable en ce moment, ça doit être le signe que les temps changent, que nous prenons enfin en considération les besoins élémentaires du plus grand nombre d'entre nous, que la suprématie de l'égoïsme s'éloigne: c'est merveilleux.

Là où je ne comprends plus, c'est lorsque je m'attarde sur le contexte de ce généreux vocable.
Il est en général appliqué à des déplacements de population dus à la guerre (Darfour, Soudan, Vallée du Swat au Pakistan, Somalie …), et à rien d'autre. On constate. Les populations quittent tout, sont décimées sur le chemin, souffrent, s'entassent dans des camps de réfugiés aux conditions de vie insalubres, où tous les fléaux les menacent: séparation des familles, maladie, malnutrition,  famine, prise en otage par certains belligérants…

Où est la prise de décision, à part celle des populations de fuir pour leur survie? Où est la prise en compte des besoins des populations? Il n'est même pas question d'envisager un mieux-vivre, il s'agit simplement de survivre… On est loin de l'idée philanthropique suggérée par l'étymologie du mot.

A mon sens, ce vocable est utilisé dans un contresens total, lénifiant à souhait et visant à soulager les opinions publiques de leur culpabilité.
Ce vocable dit: "c'est horrible, mais rassurez-vous, on est conscient de ce que ces populations vivent, on compatit, on agit – sous-entendez: on pare au plus pressé, on évite que le nombre de morts soit par trop culpabilisant, on envoie des couvertures et des médicaments de façon à rendre l'enfer un tout petit peu viable".
Ce vocable vise aussi à soulager le commun des mortels du poids de son porte-monnaie, car il signifie aussi: si on ne fait pas plus, c'est de votre faute, donnez de l'argent, des vivres, des jouets,
des habits, des médicaments, des couvertures, du matériel scolaire…

A l'écoute de cette locution, en un instant on a saisi tout cela. On est empêtré dans sa culpabilité: si l'on a donné, alors on peut se rendormir un sourire béat aux lèvres – bien qu'on n'ait rien changé au fond du problème. Si l'on n'a pas donné, on porte le fardeau de la culpabilité globale, on soupire à l'unisson des médias en se raccrochant à la certitude qu'"on" s'en occupe, puisqu'"on" en parle.

C'est pratique de faire porter cela aux citoyens. Les décisions d'une telle ampleur n'ont évidemment pas à être portée par les populations. Les choix doivent être pris au niveau des gouvernements: aide au niveau logistique, financier, évacuation des populations menacées vers des zones où ces fléaux ne menacent pas et dans des conditions décentes, blocus économique des gouvernements responsables, etc.
Mais surtout: pourquoi ne parle-t-on pas des armes qui sont les moyens de ces horreurs? D'où viennent-elles? Qui les fabrique, qui les vend, qui les achemine? Qui laisse faire?
Mais aussi: quels sont les enjeux macro-politiques pour laisser pourrir la situation dans un pays, loin là-bas? De quoi détourne-t-on ainsi l'attention des populations dans les autres pays?
Il me semble qu'un nombre raisonnable de réfugiés, d'affamés, comme de chômeurs, est un licol fort convenable pour garder les populations sur le droit chemin de l'obéissance.

Nous entendons ces propos lénifiants tous les jours. Et si nous cessions de gober tout rond les mots avec leur amère pilule, peut-être
entendrions-nous ce qu'ils disent réellement? Le sous-discours est si souvent édifiant…
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G
Un texte qui a un peu vieilli( des années 90 ?)<br /> Je donne accès à toàn bloc auquel je me nourris (et oui…)<br /> Guylaf<br /> <br /> "CRISES / CRéATION <br /> cahiers de l'ART CRU N°17 Septembre 1991<br /> editorial <br /> Guy LAFARGUE <br /> <br /> A la bordure entre l'image et l'affect, l''expérience créatrice se donne comme cette ressource fondamentale, inépuisable et irréductible dont le destin est de fonder ou de restaurer l' humanité qui nous constitue. De la pulsion instinctuelle pure, irrémédiablement perdue chez l'être humain, à la pulsion métamorphique, marquée du sceau des expériences affectives originaires et des caprices de l'expérience psychique, c'est tout le jeu de la vie et de la vitalité humaine qui se déploie, avec ses errements, ses tropismes surprenants, ses paralysies déroutantes, ses stationnements entêtés à la lisière des choses. <br /> Créer remplit pour l'homme la fonction que l'instinct remplit pour l'animal. Et là où la culture médiatique tend aujourd'hui vers la réification et la neutralisation du Désir, la pulsion créatrice inaugure, en permanence, le travail de la crise, par quoi se restaure notre unité et notre singularité humaines, seul recours réellement subversif contre la mécanique et la stupidité de la société de Masse, où tout s'ordonne autour de la conformation du désir au gigantesque processus de centralisation économique et politique provoqué par la progression foudroyante de la technologie informatique, médiatique et communicationnelle, dont l'aboutissement est précisément à la destruction de la singularité et de toute culture réellement communautaire et conviviale. CRISE et CREATION sont deux expériences inextricablement liées l'une à l'autre, qu'il s'agisse du processus de construction de la personne, ou du processus de constitution de l'oeuvre. . <br /> <br /> Ethymologiquement, la racine grecque du terme "crise" nous renvoie au mot "décision". Nous considérerons ici l'expérience de la Crise comme la traversée d'une épreuve "décisive" pour le sujet au cours de laquelle celui-ci, de gré ou de force, rencontre de façon significative un ensemble de souffrances affectives non résolues, conduites jusqu'à leur terme émotionnel et psychique. Il devient pour une durée tourmentée, son être, son être-soi, dépouillé de ses masques protecteurs. <br /> Dans l'expérience de nombreux artistes, la pulsion créatrice est enrayée, détournée de ses buts, parce qu'elle est ressentie à juste titre comme dangereuse, en ce sens qu'elle ouvre aux expériences abyssales des terreurs originaires, qu'elle a pour fonction de réduire (et non de séduire). <br /> Certaines personnes utilisent l'espace de création comme mode de préparation à l'expérience paroxystique de la crise;comme une sorte d'itinéraire associatif au cours duquel, les matériaux inconscients émergent de façon dissociée de l'expérience affective qui, elle, demeure clivée. D'autres personnes utilisent l'expérience créatrice comme un moyen d'accompagner les émergences affectives plus ou moins brutales provoquées par la vie ordinaire, ou par l'engagement d'un travail psychothérapeutique ou analytique .. D'autres personnes, enfin, engagent un espace/temps de création sur un mode totalitaire et totalisant, comme structure "crisique" particulièrement bouleversante, où l'affect et la forme ont un destin monolithique. Pour ces créateurs, la matière physique et la matière psychique s'engendrent mutuellement, au cours d'un jeu créateur où l'avènement de la forme est coextensif à la formation de l'identité. Par son engagement exclusif dans l'expérience expressive, le créateur, se forme comme sujet émergeant du magma primitif. Le prix à payer pour cet holocauste des adhérences originaires vaut par les dividendes fastueux que cela apporte en termes de création. <br /> Le caractère tellurique de telles forces esthétiques/affectives et des dislocations psychiques qu'elles engendrent, placent simultanément en orbite de la perception consciente le jeu des angoisses et des défenses associées à leur émergence. L'histoire de l'Art montre de façon tragique ce qu'il advient d'une puissance créatrice de cet ordre lorsqu'elle se développe en dehors d'un cadre qui permette d'en faire jouer les dynamismes spéculaires (ce rôle est habituellement joué par le public ou par le psychothérapeute), et d'en absorber les effets désintégrateurs (ce qui est le rôle du cadre artistique ou thérapeutique). <br /> Certes, s'il n'est pas coutumier de rencontrer dans nos Ateliers d'Expression des tempéraments créateurs dans les colorations extrêmes de ceux de CAMILLE CLA UDEL, d'ANTONIN ARTAUD ou de VINCENT VAN GOGH, cela arrive tout de même. Par contre, il est réellement habituel d'y assister à la mise en oeuvre d'expériences affectives et psychiques intenses, parfois aigues. C'est en particuliers dans de tels moments que l'animateur de l'Atelier doit engager sa capacité d'accueillir et de faire travailler dynamiquement la crise affective ouverte par l'expression esthétique. Se poser comme initiateur d'une structure destinée à déclencher le travail de la formulation créatrice suppose donc', de la part des praticiens d'Ateliers de cette nature, une capacité plurielle: <br /> - d'une part à penser le cadre favorable à l'actualisation de ces phénomènes liés au processus créateur; <br /> - d'autre part, à en garantir la permanence et à la fiabilité; - à accueillir et assister les mouvements d'émergence affective, émotionnelle et psy- <br /> chique dont s'accompagne toute expérience créatrice authentique, sans en aliéner le potentiel thérapeutique par leurs propres insuffisances ou résistances personnelles. <br /> - à favoriser, lorsque tel en est le sens, l'analyse et l'orientation d'une décision visant à prendre en compte dans un cadre appropriée les demandes de travail thérapeutiques ou analytiques individuelles. <br /> III <br /> Cela pose la question cruciale de la formation des praticiens d'Ateliers d'Expression qui se doit d'être cohérente avec la nature des processus incisifs qui entrent en collision dans le cours de l'expérience créatrice. Nous avons, pour notre part, choisi de "mettre en oeuvre" une pratique de la formation qui invite les futurs praticiens à traverser pour leur propre compte cet espace de crise/création où puissent opérer dialectiquement les forces esthésiques du corps, et la puissance poétique de la Psyché, dans le miroitement analytique de la Parole et des mots." <br /> <br /> Bizàtoi<br /> <br /> Guy LAFARGUE
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L
<br /> Oh Guy, quel cadeau… Merci! Bien sûr que ce texte (comme d'autres) que tu as écrit et que j'ai lu de longue date a nourri ma réflexion. Mon attention à<br /> l'étymologie, c'est à toi que je la dois. Sans parler de mon itinéraire de création! Bonne idée de le faire suivre ici. Je vais le mettre sur une page, qu'on le lise mieux: les commentaires ne sont<br /> pas toujours dépliés…<br /> <br /> <br />
S
"humanitaire" est si proche d"humanisme" et autres termes que cela permet de se dédouaner de pas mal de fourberies! ça adoucit...<br /> Le résultat est le même : souffrance des uns, culpabilité des autres, endormissement de certains...<br /> Dormez braves gens, il n'y arien à voir : on gère tout pour le confort de votre conscience!
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L
<br /> Nous sommes sur la même longueur d'ondes…<br /> <br /> <br />
C
La crise me touche, je touche la crise, ton "écris" me touche. Merci Annick
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L
<br /> <br /> Touchée aussi… Touche à tout… Tourmente… Menteurs…<br /> <br /> <br /> <br />
P
coucou bonjour, attention tes 3 premières images ne suivent pas les liens (travaux, réflexion, éléments techniques).<br /> J'aimerais rejoindre la communauté, je me suis inscrite, ça fonctionne ct ensuite??? Biz
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T
tu sais sans doute que la france vient de vendre pour 6 millards d'euros d'armes et espère en vendre 7 autres l'année prochaineet et le gouvernement s'en félicite...je me demande si ici le mot crise est bien utilisé car en fait elle est bien voulue le capitalisme avait besoin de se restructurer et il est entrain de le faire<br /> de plus pour une partie de la population cette crise est bien salutaire car elle va continuer à s'enrichire...<br /> il y a de quoi devenir fou<br /> besos<br /> tilk
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L
<br /> La vraie crise, ce sera quand les populations prendront la décision de ne plus se laisser berner, avec tout ce que ça implique, mais avec des outils de "communication", c'est à dire d'abrutissement<br /> de masse comme ceux dont dispose le pouvoir, ça va etre dur dur...<br /> <br /> <br />