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Ethique / morale

Publié le par L'atelier d'Annik

Ces temps troublés ont cela de positif qu'ils nous incitent à porter un regard nouveau sur le modèle de société dans lequel nous avons toujours vécu sans le voir.
Force est de constater que ce modèle a vécu, les preuves patentes de son échec retentissent tous les jours dans les médias.
Pourtant, nombreux sont ceux qui n'ont hâte que d'une chose: recommencer comme avant.
N'entendons-nous pas tout le temps: "quand la crise sera finie", "lorsque la croissance repartira", ou autres petites phrases du même acabit qui indiquent que loin de se remettre en question, les acteurs même de ce désastre piaffent d'impatience de recommencer leur jeu délétère?

L'éthique, la morale: ce sont des questions fondamentales dont il est impératif de débattre pour imaginer un autre modèle de société, sans quoi, pris dans les carcans culturels qui nous ont formatés, nous ne ferons que reproduire les codes appris.


La morale définit le bien et le mal, du point de vue d'une oligarchie. Souvenons-nous des fréquentes références de Bush fils au bien et au mal, pour justifier une guerre injustifiable… Il s'agit donc d'un point de vue unique, sans vision globale, proposition qui n'est pas réciproque. Elle est donc essentiellement locale, culturelle, imprégnée d'intérêts dominants.

L'éthique, c'est la nécessité de prendre en compte:
- les besoins des différentes parties (individus, groupe, environnement) et leurs échanges;
- les modes de régulation des interactions entre les individus.
Elle est sensée prendre en compte des besoins globaux, universels.

En effet, si l'on veut penser de nouvelles structures sociales, on ne peut pas faire l'économie de penser également ces modes de régulation, qui ne soient pas basés sur le pouvoir et la soumission.
Cela suppose, partant de nos sociétés dominées par la raison, l'analyse et le calcul, de développer d'autres valeurs, dites humaines: relationnelles, affectives, émotionnelles, en regard desquelles elles sont complètement immatures aujourd'hui.

Parmi ces valeurs:
- l'amitié
- l'attention
- la sensibilité
- la reconnaissance et l'acceptation de l'émotion, chez soi et chez l'autre.

Ces points ont été largement étudiés par Carl R. Rogers, qui a largement inspiré par exemple Marshall Rosenberg (communication non violente).

Pour en revenir aux sources et à Rogers, ces valeurs peuvent se traduire respectivement en:

- la considération positive inconditionnelle
- l'empathie
- la congruence (authenticité) pour les deux derniers points.
Il ne s'agit pas de techniques, il s'agit de qualités d'être.

Ce qui est intéressant chez Rogers, c'est qu'il a commencé à penser et mettre en place une extension de la relation d'aide observée à l'échelle du duo (thérapeute-patient, enseignant-élève, soignant-soigné, …) à l'échelle d'un groupe, puis d'une société. Max Pagès a développé après lui ces notions de dynamique de groupe.
La communication non-violente a développé ensuite une palette d'outils inspirés de Rogers, mais à laquelle manque à mon avis les implications profondes de la relation d'aide telle que la conçoit Rogers, dans le sens d'une expérience totale, "organismique", de la relation et de la façon dont on la vit.

A nouveau, je pense qu'un fonctionnement de groupe sain, non basé sur l'obéissance et la prise de pouvoir, nécessite de la part de ses participants cette capacité de congruence, c'est à dire de reconnaissance de ses propres émotions, désirs, attentes, peurs, etc., et celle d'aller à la rencontre de l'authenticité des autres, avec cette qualité d'attention positive inconditionnelle, quelles que soient les émotions exprimées par les autres.

Je pense donc que ce n'est pas dans la forme des nouvelles structures qu'on peut mettre en place que se situe le changement, mais dans la capacité qu'auront les individus qui composent cette structure:
- de s'exprimer en totalité, conscients d'eux-mêmes et de ce qu'ils ressentent;
- d'écouter / accepter les autres totalement dans ce qu'ils expriment et de les comprendre
- sans y coller tout un cortège de nouvelles peurs / fantasmes / désirs non exprimés.

Sans cette évolution émotionnelle, affective, le déséquilibre entre les moyens dont nous disposons (intellectuels, matériels) et nos capacités relationnelles persistera, et nous reconstruirons un autre modèle de société sur les mêmes erreurs.

Mûrissons… Mais ne tardons pas trop!
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P
C'est exactement ce qui m'a poussé à créer un blog intitulé "regards citoyens" !
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L
<br /> Peut-être un espoir que le monde change… En me relisant, je me rends compte que ce sont des souhaits, des idéaux, plus faciles à forumler en mots qu'à vivre au jour le<br /> jour…<br /> <br /> <br />
H
Je suis d’accord avec vous sur la place très artificielle que notre monde contemporain a laissé aux émotions , à celles qui pointent le fond du cœur , ces sensations qui nous rappellent que nous pouvons pleurer et rire , c’est à dire échanger avec notre univers et donc d’Etre à part entière . Les médias et tout le cosmos des systèmes culturels bien attentionnés ont formatés en quelques sortes des « messages « d’émotion qui envahissent l’esprit du plus grand nombre , on devient la Grande Conscience avec une émotion codifiée . A coté de cela , le contact d’une goutte d’eau qui frôle le bord de nos yeux est certainement une plus dense et une plus incroyable preuve d’être un Etre sensible capable de découvrir un nouveau monde ! <br /> On rejoint de cette façon le sentier du Etre – Faire et Avoir . Ne pas Avoir plus que l’autre mais Avoir la sensation d’être . Ça serait un début , une nouvelle naissance , ranger les fausses images et les faux « bonheurs » manufacturés et éphémères puis partir regarder tous ensembles les étoiles .
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L
<br /> Et c'est dit de façon tellement poétique… Merci pour ce beau commentaire.<br /> <br /> <br />
C
qu'est-ce que ça veut dire "se donner les moyens de changer" ou bien ne pas se les donner.<br /> Je serais pour ma part plutôt dans une période où je cherche à accepter que : changement il y a, c'est sûr, mais qu'il se fait indépendamment de ma volonté et des moyens que je pourrais me donner. Changement il y a, mais à son rythme, qui n'est surtout pas celui que je voudrais qu'il soit. j'ai l'impression que la vie rit bien de moi quand JE VEUX que ça change.
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L
mais c'est justement là que le bas blesse : ces personnes étaient dans une demarche d'évolution! Force est de constater qu'il manquait une certaine honnêté vis à vis d'eux même. Qu'on a beau dire " je veux que ça change" cela ne veut pas dire qu'on va se donner les moyens de changer.
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L
Et là je mesure l'ampleur de mon pessimisme....<br /> <br /> Loin d'être en désaccord avec ce que tu écris, je mets simplement en doute que la majeure partie de mes concitoyens soient capables de telles capacités.<br /> <br /> Je ne compte plus les relations échouées, lapidées, voire évaporées due à ce manque de vue de l'esprit.<br /> Ce qui pêche le plus? "la reconnaissance et l'acceptation de l'émotion chez soi et chez l'autre."<br /> Les émotions sont là, mais complètement niées, donc elles œuvrent en dépit du bon sens.<br /> Il parait que j'ai un don. Il parait que je suis empath. <br /> Et qu'est ce que je m'en prends dans la figure... <br /> Etonnant? oh non, puisque ceux que j'"écoute" ne sont absolument pas préparés à faire face à leurs propres émotions et à leur conséquences.<br /> J’écoute les mots, entends leurs émotions, comprends leurs maux mais à quoi ça sert ? Puisque que quand je pose moi-même les mots, j’ai d’abord une réaction de surprise, de soulagement (quelqu’un me comprend enfin!!!!) puis de rejet (si elle a compris ça , qu’a-t-elle lu d’autre en moi ?)<br /> Je suis face à des personnes totalement inaptes à s’écouter elles même… et quand je les regarde en groupe c’est d’autant plus flippant.<br /> Des individus n’agissant que pour eux même mais sans aucune idée de quels sont leurs réels besoins.<br /> Je ne dis pas que je suis parfaite, je dis simplement que je reconnais mes émotions et des problèmes qu’elles engendrent si je ne satisfais pas certains besoins.<br /> Je sais qu’il ne sert à rien de me bourrer de médocs au moment d’une migraine qu’elle est due le plus souvent à une forte contrariété. Qu’une relaxation serait nettement plus efficace qu’un doliprane. Je dévie le sujet désolée mais quand je vois le nombre de personnes malades physiquement pour des raisons psychologiques, et que les médecins leurs prescrivent des gélules en tout genre, ça n’aide pas non plus à une prise de conscience collective de ce qui est bon pour chacun. <br /> <br /> Mais quel délice quand au croisement d’un chemin, mon regard plonge dans celui de quelqu’un d’éveillé…
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L
<br /> Bon, il n'y a pas de magie. Mais il n'y a pas d'attentes à avoir non plus: on ne peut pas forcer les choses… Peut-être n'y a-t-il qu'à tendre la perche, et attendre<br /> que les gens posent eux-mêmes les mots: aller à la pêche… Ne pas dire plus que ce que les gens en disent eux-mêmes. On peut leur faire perdre plus de temps en essayant de leur en faire gagner:<br /> accepter leur rythme, accepter l'endroit du chemin où ils sont. C'est aussi comme ça que se construit le sentiment de confiance, de sécurité.<br /> <br /> <br />