Découvert hier le Tao Te King, le livre de la voie et de la vertu. D'entrée, me voilà scotchée…
"La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel."
Une phrase à la fois… Pas trop, pas trop vite.
Laisser résonner les mots.
M'imprégner.
Prendre mon pinceau.
Laisser faire.
Ne pas chercher à produire une image, juste tracer.
En plus de produire une image qui me surprend, qualité en soi, ces mots me plongent dans des abîmes de réflexion.
J'y entrevois le gouffre qu'il y a entre l'immédiat et la parole. La parole, les mots, ne sont qu'un pâle reflet de l'immensité de la réalité, pour tenter de lancer un pont entre nous dotés de parole. Qu'il est ténu ce pont, en regard de tout ce qui nous relie…
Cette image n'est rien non plus, rien qu'une tentative de laisser éclore la dimension de ces mots dans une autre dimension.
Ce qui me frappe aussi est la différence avec cette phrase qu'on peut considérer comme au fondement du christianisme:
«Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.»(Jean 1, 1)
Curieux contraste, qui laisse entrevoir pourquoi nous sommes si cérébraux, si anthropocentristes, si peu attentifs à ce qui nous entoure, si dominés par notre cerveau gauche, si empêtrés dans l'oralité et l'avidité, si imbus de ce qu'il y a sous les limites de notre peau, si peu capables de nous décentrer, si effrayés à l'idée de la fragilité et de la fin…