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6 mars 2010 6 06 /03 /mars /2010 16:15
Je ne peux m'empêcher d'en livrer ici un autre extrait.
La lecture de Dubuffet a sur moi l'effet d'un coup de vent frais dans le visage, voire d'une cure de désintoxication culturelle… 
Ça me paraît essentiel de temps à autre pour éviter de me laisser engluer dans la normose ambiante, en particulier le formatage culturel.

Page 89:
"Il n'y aura plus de regardeurs dans ma cité; plus rien que des acteurs. Plus de culture, donc plus de regard. Plus de théâtre – le théâtre commençant où se séparent scène et salle. Tout le monde sur la scène, dans ma cité. Plus de public. Plus de regard, donc plus d'action falsifiée à sa source par une destination à des regards – s'agisse-t-il de ceux propres de l'acteur lui-même devenant, dans le moment qu'il agit, son propre spectateur. Dans le moment qu'il agit? Ce ne serait que demi-mal. C'est avant même d'agir que l'inversion s'opère, l'acteur se transportant dans la salle avant d'agir, en sorte qu'à son action sen substitue une autre, laquelle n'est à vrai dire plus du tout la sienne, mais celle d'un autre, qu'il se donne en spectacle. Tel est l'effet du conditionnement de la culture. Elle entraîne pour l'action de chacun d'être remplacée par celle d'un autre. Mais nous qui sommes conditionnés, qui ne pouvons pas nous défendre de nous regarder agir, qu'allons-nous faire? Nous allons tendre nos efforts à nous regarder moins. Au lieu de consentir au principe du regardement et de nous y complaire, au lieu d'argumenter de ce que doit être un bon spectacle (et un bon regard), nous allons essayer de fermer un peu les yeux, détourner la tête, au moins par cours moments, et progressivement un peu plus longs; nous allons nous entraîner à l'oubli et à l'inattention, afin de devenir, je ne dirai pas entièrement (c'est bien sûr impossible), mais peu à peu au moins davantage, le plus que nous le pourrons, acteurs sans public. Ne vous arrêtez pas un instant à l'objection que ma cité est une étoile hors de portée; ce n'a pas d'importance qu'il y ait au bout d'un chemin l'absurde et l'impossible: il y a l'absurde et l'impossible au bout de tous les chemins si on les suppose rectilignes. C'est le sens dans lequel on marche qui est efficient, c'est la tendance, la posture. De ce qu'il y aurait au bout du chemin, ne vous soucie pas. Il n'y a pas de bout aux chemins, pas de bout qu'on atteigne." 

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Quel délice… 
Lire, puis foncer à l'atelier! 
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publié par L'atelier d'Annik - dans Sources de réflexion
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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:28
Comme c'est vivifiant pour moi de me replonger de temps à autre dans la lecture de Dubuffet…
Je le lis en désordre et en travers, et je suppose que Dubuffet l'aurait pris comme un hommage.

Une petite lichette:
" Ce n'est pas tant par son insistante présentation d'œuvres du passé que la culture est nocive. Ce n'est là qu'une de ses fonctions et qui constitue plutôt un cérémonial préalable: ce qu'est l'anesthésie avant l'opération. Son action la plus néfaste consiste dans l'apport d'un vocabulaire. Elle propose – non, elle impose – des mots de son cru qui, véhiculant des concepts préfabriqués, peuplent ensuite l'esprit et le jalonnent; devenant pour lui sémaphores. Il est à remarquer que ce mobilier de mots encombre la pensée de notions simplistes et on peut même bien dire toutes fausses à cause de simplification excessive; tout mot est grossièrement simplificateur, isolant une notion de toutes les autres auxquelles elle tient, tendant à immobiliser ce qui est mobile, à fixer ce qui est en permanente mouvance, à livrer la notion dépouillée des jeux de lumière qui l'éclairent, la transformant en simple chiffre, qui n'est d'elle qu'un écho éteint, appauvri, dénaturé. Le vocabulaire, grand recours de la culture, est l'ennemi de la pensée. Plus on l'accroît, plus celle-ci se voit encombrée – encombrée de meubles pesants et fixes, de corps morts – et privée de son espace."

Posé le livre, à moi les grands espaces, l'envie de gambader dans désert de Gobi me reprend, me voici délivrée du savoir, du bien-penser, de la bienséance, et de tout ce fatras qui ligote la création… Je cours à l'atelier.

Merci Jean!

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Jean Dubuffet, Vénus au trottoir, 1946
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3 mars 2010 3 03 /03 /mars /2010 18:00
Et encore trois:

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J'aime bien ces images, pas tant pour elles-mêmes, mais dans l'idée de la répétition, ces couleurs annihilées, puis retrouvées comme du bout des ongles. 
J'ai envie d'en tapisser un mur entier… 
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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 18:00
Variations, suite.
Noir pas tout noir, couleurs malgré tout…

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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 20:44

Quelques petites variations pour tenter de découvrir les couleurs du printemps sous les couches hivernales:

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 21:30
Vestiges d'un visage ami…

10 02 26 
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20 février 2010 6 20 /02 /février /2010 14:02
Toujours dans le "livre 1" (libre adaptation de la traduction):

Sans nom l'origine du ciel et de la terre;
avec un nom la mère de toutes choses.
Enlever.

Enlever encore.

Poser les bagages.

Se vider des représentations.

Se vider de la mémoire.



Je pars explorer ces mots depuis le territoire que je connais, celui des mots.
Avec un nom, la mère de toutes choses.
Le fait de nommer serait donc lié au principe féminin? C'est vrai que dans notre histoire commune, celle qui nous fait accéder au statut d'humain, fait exister en les nommant les choses du monde pour nous, c'est la mère. Dieu, dont les attributs lui permettent de nommer les choses créées, serait donc féminin? Je dois dire que cette idée me plaît énormément…
Pour aller plus loin dans ce raccourci saisissant, la bouche de la femme suprême, Dieu qui nomme les choses pour les faire exister, serait-elle celle que Courbet a peinte?
J'adore être sacrilège à mes heures… 

Avec un nom, il y a le symbolique, la mémoire des souffrances et des jouissances, les affects, le désir, le vivant, la naissance, la mort.

Sans nom, l'origine du ciel et de la terre. 
Sans nom, il y a le réel, sans jugement, sans pensée, sans mémoire, sans appréhension et sans élan, sans début ni fin.
Sans nom, l'homme n'est pas au centre.
Il n'est qu'un élément parmi les autres, en suspension dans le cosmos.

C'est peut-être le principe masculin. C'est peut-être l'énergie qui nous anime.
C'est en tout cas plus vaste que toute représentation possible.


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19 février 2010 5 19 /02 /février /2010 09:30
Découvert hier le Tao Te King, le livre de la voie et de la vertu.
D'entrée, me voilà scotchée…

"La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel."

Une phrase à la fois… Pas trop, pas trop vite. 

Laisser résonner les mots.

M'imprégner.

Prendre mon pinceau.

Laisser faire. 
Ne pas chercher à produire une image, juste tracer.


10 02-19 Tao Te King 1


En plus de produire une image qui me surprend, qualité en soi, ces mots me plongent dans des abîmes de réflexion.

J'y entrevois le gouffre qu'il y a entre l'immédiat et la parole. La parole, les mots, ne sont qu'un pâle reflet de l'immensité de la réalité, pour tenter de lancer un pont entre nous dotés de parole. Qu'il est ténu ce pont, en regard de tout ce qui nous relie…
Cette image n'est rien non plus, rien qu'une tentative de laisser éclore la dimension de ces mots dans une autre dimension. 

Ce qui me frappe aussi est la différence avec cette phrase qu'on peut considérer comme au fondement du christianisme:
«Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu.»(Jean 1, 1)

Curieux contraste, qui laisse entrevoir pourquoi nous sommes si cérébraux, si anthropocentristes, si peu attentifs à ce qui nous entoure, si dominés par notre cerveau gauche, si empêtrés dans l'oralité et l'avidité, si imbus de ce qu'il y a sous les limites de notre peau, si peu capables de nous décentrer, si effrayés à l'idée de la fragilité et de la fin… 
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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 21:01
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Encore une… Je n'ai pas pu résister aux ongles glacés de la belle blanche.
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12 février 2010 5 12 /02 /février /2010 23:59

09 12-18j

En faisant du rangement je retrouve cette image… marrantes macros!

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