Mercredi 7 octobre 2009
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"Me débattant avec la tache, il y a des combats. […]
Je repousse. […]
D'ailleurs, repousser c'est également se dégager, briser les chaînes, recouvrer sa liberté, c'est l'envol.
Ne pas prendre, «repousser» pour ce que ça n'est pas et que ça ne va pas rester.
Noyau d'énergie (c'est pourquoi son objet ou son origine n'importe) il est l'obstacle et le tremplin magique qui va me donner ma vitesse de libération.
L'art est ce qui aide à tirer de l'inertie.
Ce qui compte n'est pas le repoussement, ou le sentiment générateur, mais le tonus. C'est pour en arriver là qu'on se dirige, conscient ou inconscient, vers un état au maximum d'élan, qui est le
maximum de densité, le maximum d'être, maximum d'actualisation, dont le reste n'est que le combustible – ou l'occasion."
Henri Michaux – Peinture à l'encre de Chine, 1961
Je ne m'étais encore jamais formulé la notion d'énergie dans l'art de cette manière-là.
En revanche, j'ai toujours été sensible aux yeux des artistes, en particulier ceux de Picasso, qui m'ont toujours fascinée par la profondeur du regard et l'énergie immense qu'il contient, furieux
même au repos…

La colère comme énergie…
Elle est à utiliser sans modération, elle se renouvelle autant qu'on veut, ne pollue pas, ne produit pas de gaz à effets de serre…
En un mot:
Fulminez!
Vendredi 18 septembre 2009
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"Dès que je commence, dès que se trouvent mises sur la feuille de papier noir quelques couleurs, elle cesse d'être feuille, et
devient nuit. Les couleurs posées presque au hasard sont devenues des apparitions… qui sortent de la nuit.
Base des sentiments profonds. De la nuit vient l'inexpliqué, le non détaillé, le non-rattaché à des causes visibles, l'attaque par surprise, le mystère, le religieux, la peur… et les monstres, ce
qui sort du néant, non d'une mère."
Henri Michaux – Gouache sur fond noir, 1938
C'est bien vrai, la feuille cesse très vite d'être feuille.
Souvent, pour moi, elle devient peau.
Le noir l'envahit parfois; lorsqu'il commence à s'étendre, pour moi ce n'est pas la nuit. C'est plutôt sous la peau un gouffre au-dessus duquel je me penche. Mon angoisse alors, c'est qu'il ne
reste plus rien de blanc, plus rien qui me retienne d'y tomber. Vertige… Le peu de blanc qui subsiste prend alors une intensité aiguë.
D'autres fois la peau est diaphane, et
laisse voir l'intérieur du corps d'où émanent des vagues, respirations tantôt tranquilles, violentes ou cahotiques… Ce sont comme des boîtes imbriquées: corps, émotions,
pulsions…
L'encre traverse le tout, pour venir se plaquer sur la feuille, trace en deux dimensions de ces univers imbriqués, immenses et
minuscules.
Vendredi 11 septembre 2009
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"Dans la peinture, le primitif, le primordial, mieux se retrouve.
On passe par moins d'intermédiaires et qui ne sont pas vraiment intermédiaires, n'étant point partie d'un langage organisé, codifié, hiérarchisé.
On peut peindre avec deux couleurs (dessiner avec une). Trois, quatre au plus, ont pendant des siècles suffi aux hommes pour rendre quelque chose d'important, de
capital, d'unique, qui autrement eût été ignoré.
Des mots, c'est autre chose. Même les moins évoluées des tribus en ont des milliers, avec des liaisons complexes, des cas nombreux demandant un
maniement savant.
Pas de langue vraiment pauvre. Avec l'écriture, c'est pire. Encombrée par l'abondance, le luxe, le nombre de flexions, de variations, de nuances, si on la fait
«brute», si on la parle brute, c'est malgré elle."
Henri Michaux, dessin tiré de "Les feuilles libres", juin 1927
Oh comme j'adhère à ce passage…
Le langage est si policé… Il a plié, s'est
soumis, a admis d'entrer dans le monde des civilisés. Il y a de la sensation au cerveau, puis aux émotions, puis à la main, tout un chemin de renoncements, de bienséance, de convenances, même
dans les écrits les plus crus, sauf dans les écrits surréalistes peut-être.
Alors que le dessin, la peinture, le trait, sont en mesure d'être en prise directe sur le corps et les tourbillons qui l'habitent. Pas de pensée préalable. Pas de mots. Un mouvement interne et la
main part, sans intention, sans autre souci que de tracer fidèlement les secousses qui lui ont été imprimées de l'intérieur, telle l'aiguille d'un sismographe sur le papier.
Mais j'aime aussi les mots. Je les savoure, lorsque je tente de rendre compte dans l'après-coup des aventures qui se jouent dans l'instant, dans l'interstice entre le ressenti et le papier, dans
la fascination des traces qui se posent malgré moi – quand tout va bien.
Voir aussi Michaux I
Vendredi 4 septembre 2009
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Ed. Skira, les sentiers de la création, Réédité par Champs, Flammarion, épuisé depuis…
Lire et relire ce livre, qui me ressource tellement… Je l'ai déjà dit ailleurs, mais il a surgi du fond de ma bibliothèque je ne sais comment un jour où j'y farfouillais, sans que je l'aie jamais lu. Ça faisait déjà un an et demi que j'avais entrepris la démarche de peinture /
dessin visible sur ce blog, et les yeux me sont sortis de la tête lorsque je me suis rendu compte que la démarche de Michaux avec la peinture était si proche de celle qui me hantait, sans le
savoir. J'y retrouvais mes écueils, mes errements, mes questionnements – mais formulés en mots par un écrivain de taille, qui plus est maître de l'expression de l'intime, quoiqu'autrement
formulés dans le trait et la forme plastique.
Alors je le relis, périodiquement. Il m'encourage, me soutient, m'invite à continuer dans ma démarche lorsque je doute. J'en livre un extrait, pour le plaisir – le
mien en tout cas…
Henri Michaux: Mouvements (détail) 1951
"Et la peinture? Et ce que je m'étais promis d'entreprendre?
Embarras: je ne veux apprendre que de moi, même si les sentiers ne sont pas visibles, pas tracés, ou n'en finissent pas, ou s'arrêtent soudain. Je ne veux non plus
rien «reproduire» de ce qui est déjà au monde. Si je tiens à aller par des traits plutôt que par des mots, c'est toujours pour entrer en relation avec ce que j'ai de plus précieux, de plus vrai,
de plus replié, de plus «mien», et non avec des formes géométriques ou des toits de maison ou des bouts de rues, ou des pommes et des harengs sur une assiette; c'est à cette recherche que je suis
parti.
Difficultés, enlisement."