Les images sont (en général) cliquables…

Gélatine et Moulinette, feuilleton

Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /2009 07:00

Gargouille et bonnets rouges




La grande Gargouille, après s'être assurée que son auditoire était toujours attentif, continue son récit:
– Là où j'ai vraiment eu peur, c'était en 1670, ou 75, je ne sais plus (je ne me souviens plus trop). Tous les paysans sont devenus comme fous. Ils ne voulaient plus payer la gabelle. Je les comprends, note, ils n'avaient déjà pas bien de quoi manger, et il fallait encore qu'ils paient toutes ces taxes et qu'ils engraissent les seigneurs… C'est pareil aujourd'hui, mais on ne s'en rend pas bien compte. "TVA", ça fait moderne, et on ne voit pas ce qu'on paie. Mais ça n'a pas changé, c'est toujours les plus pauvres qui paient le plus! Vous trouvez normal, vous, qu'il y en ait qui paient chaque année 1% d'un salaire mensuel en impôt sur le beurre, alors que pour d'autres ça représente 0.0001%? Sans parler du reste… Moi je trouve ça fou, et encore plus fou que tout le monde se laisse faire! Ah oui, pour en revenir dans ces années-là, eh bien eux ils en on eu marre. Ils étaient tellement en colère qu'ils rentraient dans les bureaux de papier timbré ou de marquage de la vaisselle en étain, ils pillaient tout, ils criaient « Vive le roi sans la gabelle ! »., ils étaient à deux mille, avec leurs bonnets rouges, armés de bâtons et de tout ce qui leur tombait sous la main pour casser. Je me rappelle, c'était en mai, il faisait déjà doux… Même les bourgeois s'y mettaient. Enfin ils étaient du côté du plus fort, ça dépendait des fois. Ils ont même assiégé un duc dans son manoir, pris en otage l'évêque de Nantes. C'est marrant, c'est resté dans les mœurs, maintenant ils font ça avec les patrons dans les usines. Enfin en 1670, euh 75, ça rigolait pas… Début juin, ils ont envoyé les soldats, mais ça a continué à chauffer, ça a pris dans les campagnes, ça s'est étendu dans toute la région, ça s'est répandu tout l'été comme un feu de paille.
Ça a bien failli être la révolution avant l'heure (bon celle-là je vous la raconterai une autre fois). A l'automne, ça s'est gâté. L'armée a commencé à pendre des paysans, à détruire des édifices, et même à confisquer les cloches des églises! On se demande bien qui étaient les cloches. Là où j'ai vraiment eu peur, c'est quand les choucas m'ont raconté que les soldats avaient commencé à décapiter des clochers plus au sud! Je me suis vue avec plein de soldats en train de grimper sur moi, les pierres du clocher me dégringolant dessus, des trous partout dans les flancs… Et heureusement ça ne s'est pas passé ici. Ouf! J'ai eu chaud. J'ai chaud d'ailleurs, très chaud. J'ai la tête lourde, lourde, même si elle est coincée dans la terre, j'ai sommeil, je Zzz j'ai Zzzzz je Zzzzz Rhôôôô Zzzzzz.

La grande Gargouille s'est endormie. L'assistance, complètement saisie par son récit, n'a pas bougé. Les occupants du car, chauffeur compris, se regardent, ébahis d'avoir ainsi voyagé dans le temps, suspendus aux paroles de la grande Gargouille, puis le groupe se défait petit à petit, les uns hochant la tête, les autres commentant le récit, d'autres encore un peu hagards et regardant la cathédrale d'un œil neuf, montrant du doigt le morceau de corniche d'où la grande Gargouille s'était détachée. Puis chacun est remonté dans le car.

Gélatine et Moulinette, sous le charme, restent un moment près de la grande Gargouille endormie.
– Ben dis donc, souffle Moulinette pensive, quelle conteuse…
– Mhmh… Répond Gélatine en hochant doucement sa tête encore remplie de combats, de bruit et de fureur.
Pleines d'admiration, elles regardent une dernière fois leur amie, puis s'éloignent discrètement sans la réveiller, comprenant qu'elle avait enfin trouvé à qui raconter les siècles  qu'elle avait traversés, et du même coup un sens à cette longue existence.
[à suivre]
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Lundi 20 avril 2009 1 20 /04 /2009 07:00

Les siècles de la grande Gargouille


Moulinette se retourne pour voir la grande Gargouille une dernière fois, avant de tourner sur le chemin du port. Elle aperçoit un car, un groupe de gens qui en descendent, et deux d'entre eux gesticulant pour appeler les autres tout en montrant la grande Gargouille.
– Gélatine, Gélatine, regarde! Il y a des gens qui en veulent à la grande Gargouille!
Gélatine se retourne elle aussi. Le groupe a englouti la grande Gargouille.
– On ferait mieux d'y aller, tu ne crois pas? Dit Moulinette, inquiète.
– Oui, je me demande bien ce qu'ils lui veulent… Elle qui ne peut pas bouger, elle est sans défense, cet attroupement ne me dit rien de bon… Sur ces mots, Gélatine attrape Moulinette par le bras et fait volte-face.

Elles pressent le pas, et
en arrivant près de la grande Gargouille tentent de se frayer un passage à travers la foule dense qui l'entoure. Le groupe n'a pas l'air belliqueux, contrairement à ce qu'elles s'étaient imaginé. Il est plutôt silencieux, concentré. Elles franchissent un rang, puis deux, puis trois, et se retrouvent au premier rang, derrière le museau de la grande Gargouille.

Stupéfaites, elles l'entendent alors débiter d'un ton docte et d'une seule traite:
–  Ce que je vous dis là, c'était en… 1522, ou bien 1523, je ne sais plus bien… 1522, puisque c'était l'année où l'été avait été si chaud. En 1522, donc, j'étais bien accrochée là-haut sur ma corniche, à suer comme un boeuf (on était en plein mois de juillet) et vous ne devinerez jamais ce que j'ai vu. Toute la flotte anglaise, soixante de ces grandes caravelles toutes voiles dehors qui filaient vers le sud! Vous imaginez ça? J'ai pensé qu'ils en avaient après mes copines de l'abbaye des Jacobins, à Morlaix, j''imaginais les canons, les incendies… J'ai tendu l'oreille, et rien…
Les choucas des clochers m'ont tout raconté après. C'était le jour de la foire à Guingamp, vous pensez bien qu'il n'y avait plus personne en ville… Les anglais sont entrés comme de rien, ils ont tué tous ceux qui n'étaient pas à la foire, ils ont tout pris, tout bu, tout incendié. Et puis les soldats sont venus le lendemain, et ils ont tué tous les anglais qui cuvaient leur vin. Quelle époque… Enfin ce n'était pas le pire! Braves gens, si vous saviez tout ce que j'ai pu voir…
[suite]
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Jeudi 16 avril 2009 4 16 /04 /2009 16:00

Le chemin du tour du monde




La grande Gargouille a repris tous ses esprits. Consciente de son état, elle soupire et leur dit, philosophe:
– Mes amies, la liberté n'était pas pour moi… J'étais prisonnière dans les hauteurs, maintenant je suis prisonnière des profondeurs du sol, ça doit être mon destin. Il était écrit que je ne partirais pas avec vous… Snirfl…
Une larme roule le long de son museau et vient mourir dans le gazon.
– Oh, Gargouille, comme c'est triste! Dit Gélatine en éclatant en sanglots. Bouaaaaaaaah! Beugle-t-elle, comme à son habitude en pareille circonstance.
– Sniff, snirrrrffl, sanglote Moulinette.
– Ne soyez pas tristes, ce ne sont pas vos larmes qui me sortiront de là… De toute manière, mes pattes en pierre n'étaient pas très adaptées au voyage, je vous aurais ralenties. J'ai essayé d'échapper à ma condition, mais le chemin du tour du monde ne devait pas être le mien… Ici, au moins, j'aurai le temps d'y réfléchir. J'aimerais au moins vous accompagner en pensée, prenez ce petit bout de mon nez qui s'est fendu. Il y a bien des choses qu'il peut vous dire en chemin.

Moulinette ramasse le petit morceau de pierre taillée, et le range soigneusement parmi tous ses trésors (ceux qui restent).

Gélatine demande:
– Avant que nous partions, Gargouille, sais-tu à qui nous pouvons demander le chemin du tour du monde?
– Mais bien sûr, mes belles, bien sûr…
– Alors?
– A moi.
Gélatine et Moulinette se regardent avec des yeux ronds. Gélatine reprend:
– Mais tu nous a dit hier que tu ne le connaissais pas!
– Parce que tu crois que je vais révéler ce secret aux premiers venus? Je ne savais rien de vous, hier.
Elles hochent la tête. Gélatine ne lâche pas le morceau:
– Bon, et comment le connais-tu, alors, toi qui as passé ta vie perchée là-haut?
– Hum… Tu penses que je ne sais rien du monde? S
ache que depuis là-haut, j'entendais tout, tout ce qui se dit. Croyez bien que je n'en ai pas perdu une miette!
– Eh bien?
– Eh bien c'est simple. C'est tout droit.
Gélatine s'étouffe:
– Hein? Mais alors j'avais raison? Moulinette, tu te rends compte, je savais, sans savoir que je savais, et je n'ai pas su que je savais! Si j'avais su! J'avais raison, raison!
– Raison, raison… Bougonne Moulinette.
– Mais oui, raison, quand je disais, au début de notre périple « Tout droit! ». Tu te souviens bien, quand même!
– Euh, oui mais c'était pas exprès, c'était du hasard.
– Bon, et alors? Ça compte quand même.
La grande Gargouille les interrompt:
– Allez, pas de dispute. Le chemin du tour du monde est long, très, très long. Bien plus long que celui qui vous a menées ici… Gardez vos forces pour la route!

Penaudes, elles se reprennent. Moulinette vérifie que le petit bout de nez de la grande Gargouille est bien rangé parmi ses affaires; Gélatine ne vérifie rien, car elle n'emporte toujours rien.
Tristement, elles embrassent la grande Gargouille, du moins ce qui en dépasse, et s'éloignent en lui faisant de grands signes.

[suite]
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Dimanche 12 avril 2009 7 12 /04 /2009 07:00

Andouille




Soudain, Moulinette a une idée fulgurante: elle vient de comprendre à quoi sert l'accessoire coincé dans sa paroi droite, qui l'a toujours gênée pour marcher sans qu'elle sache à quoi il pouvait bien servir.
Elle détache la petite lame de son logement, l'examine et passe son doigt sur le fil de la lame. Oui, ça a bien l'air de couper.
La mort dans l'âme, Moulinette lève le bras pour scier son fil. Elle ferme les yeux, serre les dents, tourne la tête et attaque.
– Han!
Et… Non, pas de douleur, non non, étonnamment Moulinette ne sent rien. Tant qu'à faire, autant le scier près de son corps, ce fil, il l'a déjà assez encombrée comme ça. Elle recommence un peu plus haut. Elle scie, scie, scie… La voilà libre!
– Tralala youhou, trali, lalala, trou là là et là itou!
Moulinette danse et chante comme une folle autour de la Gargouille toujours sans connaissance.

Essoufflée et un brin coupable, elle entreprend de secouer la grande Gargouille.
Gargouille! Gargouille! Réveille-toi!

Gargouille! Réponds!
La grande Gargouille respire encore, mais le choc était vraiment rude.

E
ntre-temps Gélatine est revenue à elle. Toujours assez aplatie, elle rampe dans leur direction, et crie à Moulinette d'une voix rauque:
Andouille!
Ben quoi, toi-même! Qui est-ce qui a eu la bonne idée de descendre comme ça de là-haut, hein, dis-moi?
Oui, bon, bon, je me suis trompée. Voilà. Pas de quoi en faire tout un plat.
Plat? Hin hin hin… Qui c'est l'andouille, hein, qui c'est?
C'est pas le moment de s'engueuler. Faut s'occuper de la grande Gargouille, regarde dans quel état tu l'as mise.
Tu? Oh, ne recommence pas!
Gélatine rampe sur le nez de la grande Gargouille, et lui souffle un grand coup dans les narines.
Ah, ah, aaaaah… Dit la grande Gargouille. Aaaa, ATCHOUM!
Ce qui propulse Gélatine à 10 mètres de là – dans l'autre sens, cette fois.

Moulinette n'est pas rancunière, elle se lève pour aller chercher Gélatine déjà fort mal en point. Elle la ramasse, la tapote, la lance en l'air, et lui chante:
Gélatine, fripouillette! Gélatine, crapulette!
A force d'être secouée dans tous les sens, Gélatine reprend approximativement sa forme. Moulinette la pose par terre. Gélatine regarde Moulinette d'un œil noir, en finissant de se retaper le contour. Un peu cabossée, quand même. Il est des outrages qu'on ne répare pas… 
[suite]
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Mercredi 8 avril 2009 3 08 /04 /2009 07:00
Les lois de la gravité sont impitoyables



Moulinette est toujours en l'air, en train de mouliner comme un hélicoptère.
– Moulinette! Moulinette! Descends donc! Crie Gélatine.
– Ben j'veux bien mais j'sais pas comment faire! Hurle Moulinette depuis les airs.
– Mouline moins fort!
– Ah oui, j'y avais pas pensé.
Moulinette redescend lentement, et se pose sans encombre sur la corniche.
– Ouf! J'ai bien cru que je resterais tout le temps en l'air, dit Moulinette un peu hagarde.
– J'ai une idée, dit Gélatine. Attachons la grande Gargouille avec ton fil électrique, tu moulineras pour la soulever, moi je grimperai sur son dos, et nous pourrons descendre comme ça jusqu'en bas!
– Hé, ho, doucement les filles! C'est pas un peu dangereux votre truc, là? S'insurge la grande Gargouille.
– Ben… si dit Gélatine, penaude. Tu vois une autre solution?
La grande Gargouille réfléchit.
– A vrai dire… Non. Mais comme c'est ça ou rester là… Tentons cette chance, soupire la grande Gargouille, soudain pénétrée de la valeur de la vie.
 
Moulinette à peine reposée de ses émotions regarde Gélatine et la Gargouille avec effroi.
– Ne perdons pas de temps, dit Gélatine. J'aimerais bien descendre d'ici, moi.
Puis elle commence à emberlificoter la grande Gargouille dans le fil électrique de Moulinette.

– Voilà, essaie de la soulever maintenant, dit Gélatine.
Pour se mettre en train, Moulinette se concentre sur un sujet bien difficile:  «pourquoi la vie est-elle si imprévisible?»
Elle ferme les yeux et réfléchit, réfléchit, réfléchit, jusqu'à ce qu'elle mouline à toute vitesse. Elle commence à s'élever dans les airs, son fil électrique se tend, se tend…
Dzooing! Dans un grand bruit le fil soudain tendu commence à soulever la grande Gargouille, qui se met osciller. D'un bond, Gélatine se colle sur son dos.
Moulinette, rouge et soufflante, toujours concentrée, monte encore un peu, déplace la lourde masse au-dessus du vide, puis commence à descendre le plus lentement qu'elle peut, retenant de toutes ses forces son précieux fardeau. Malgré ses efforts, l'équipée accélère peu à peu sa descente, Moulinette redouble de moulinets, et encore, mais pas suffisamment pour freiner ce poids considérable.
Gélatine hurle:
– Mais freine! Freine donc!
– Je peux pas! Peux pas! Grince Moulinette entre ses dents, crispée sous l'effort.
– Au secours! Au secouuouoouuuurs! Crient en chœur Gélatine et la grande Gargouille.

Dans un grand bruit sourd, la grande Gargouille, trop lourde pour être retenue par Moulinette, tombe lourdement au pied de l'édifice.
Heureusement, c'est au beau milieu d'une plate-bande que sa trajectoire s'est arrêtée, sans quoi elle serait brisée en mille morceaux… Elle s'y est si bien enfoncée que seul son museau dépasse de la surface du sol. Gélatine, propulsée à 10 mètres de là, gît inconsciente dans le gazon, un peu aplatie à vrai dire.
Moulinette, elle, est toujours attachée à la grande Gargouille par son fil électrique, mais il est profondément enfoncé dans le sol!
Les voilà toutes dans de beaux draps…

Moulinette tire, tire, tire pour tenter de libérer son fil. Mais rien à faire. La grande Gargouille est bien trop lourde pour laisser ne serait-ce qu'un tout petit peu de jeu au fil.
Moulinette s'assied, prisonnière de son gigantesque boulet enfoncé dans le sol, et pousse un grand soupir.
[suite]
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Lundi 6 avril 2009 1 06 /04 /2009 22:41
De plus en plus interactif!
  • •  Les pages emploi, auxquelles vous pouvez ajouter vos propres offres et demandes (bon, c'est interactif, mais il faut quand même me les envoyer par mail, n'exagérons rien…)

 

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Samedi 4 avril 2009 6 04 /04 /2009 07:00

L'appel au voyage




La nuit est bien noire, désormais.
Gélatine dit à la grande Gargouille:
Est-ce que nous pouvons passer la nuit près de vous?
Bien sûr, bien sûr. Vous me raconterez votre voyage, ça me donnera un peu d'air…

Elles s'installent alors près de la grande Gargouille.
Moulinette dispose tous ses trésors ramassés en route autour d'elle, et commence à raconter où elle les a trouvés. La grande Gargouille ouvre tout grand ses oreilles, et boit les paroles de Moulinette. Gélatine opine, dodeline, et finit par s'endormir.

L'aube se lève, et Moulinette avec de grands gestes est toujours en train de raconter. La grande Gargouille, pour la première de fois de son existence, a le sourire et de petites étoiles plein les yeux. Oh, que l'envie de voyager la démange!
Au bout de cette courte nuit, Gélatine ouvre un œil, puis deux, se secoue un peu et dit d'un ton péremptoire:
On y va!
Moulinette, fatiguée de sa nuit de conte,
a les moulinets tout ramollis.
Elle ronchonne:
– Bon, bon, doucement!

La grande Gargouille les regarde d'un air désespéré, et supplie:
Oh, Gélatine, Moulinette, emmenez-moi avec vous! J'ai tant rêvé de m'en aller d'ici!
Gélatine regarde Moulinette, la questionne des yeux. Moulinette esquisse un demi-sourire et hausse les épaules.
Gélatine reprend:
Bon, d'accord, tu peux venir avec nous. Mais je te préviens, on ne sait pas, mais alors pas du tout où on va!
Ça ne fait rien, dit la grand Gargouille en regardant en bas. N'importe où plutôt qu'ici…

Gélatine et Moulinette empaquettent leurs affaires (enfin, celles de Moulinette) et sont sur le point de rejoindre la gouttière pour descendre.
Elles se retournent, et voient la grande Gargouille poussant sur ses pattes de toutes ses forces pour s'extraire de la corniche, tremblante et déjà toute suante. Elle les regarde et
dit d'un ton désespéré:
– Je n'y arrive pas! Je suis coincée !
Elles accourent pour tenter de l'aider.
Gélatine tire, Moulinette pousse, la Gargouille force, et toutes les trois font de leur mieux pour déloger la Gargouille de son socle de pierre. Elles remuent tant et si bien qu'un nuage de poussière se forme autour d'elles. Tout à coup, la grande Gargouille fait:
Ah, ah, ah… ATCHOUM!

La secousse de cet énorme éternuement la détache littéralement de la corniche, des éclats de pierre roulent le long de la façade et elle commence à balancer dangereusement au-dessus du vide. Gélatine et Moulinette bondissent sur elle et la maintiennent en équilibre.
Bon, c'est coton, là. Dit Gélatine. Comment on va faire?
Ah, ben, euh, je ne sais pas… dit Moulinette.

Gélatine réfléchit. Rien. Pas le moindre début de solution.
Moulinette réfléchit, ferme les yeux, réfléchit, réfléchit. Elle réfléchit si fort qu'elle commence à mouliner dans tous les sens, de plus en plus fort, de plus en plus vite,  ses moulinets dansent comme les pales d'un hélicoptère, au point qu'elle commence à s'élever au-dessus de la corniche.
Mais qu'est-ce que tu fais là-haut? Descends! Descends Moulinette! Lui crie Gélatine.
[suite]
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Mardi 31 mars 2009 2 31 /03 /2009 07:00

La grande Gargouille




A la nuit tombée, Gélatine et Moulinette éreintées approchent enfin d'une petite ville.
– Tu crois que c'est là? Demande Moulinette.
Gélatine lui répond par une mine dubitative.
Hésitantes, elles se dirigent vers le centre, où elles découvrent une
très grande chose, vraiment très très grande. Bien plus grande qu'un arbre, oui!
Elles se regardent.
– Qu'est-ce que ça peut bien être? Demande encore Moulinette, les yeux tout ronds.
– Sais pas… Répond Gélatine très en souci. Essayons de grimper, pour voir…

Elles tentent l'ascension par la paroi nord. C'est lisse. Beaucoup plus lisse qu'un arbre.
– On n'y arrivera jamais! Commence à geindre Moulinette.
– Regarde Moulinette! Dit Gélatine. Une gouttière! On devrait arriver à s'y cramponner!

En effet, la gouttière leur permet de s'élever peu à peu. Gélatine s'allonge, s'allonge, se colle de tout son long contre la paroi de métal, puis dans un effort surhumain se contracte pour hisser la moitié inférieure de son mol être. Moulinette, elle, adopte une autre stratégie. Elle lance son cordon comme un lasso, et le coince dans la première attache de gouttière qu'elle arrive à atteindre. Puis elles tire, tire, tire, et se hisse d'attache en attache.

– Comme c'est haut! Dit Moulinette au bout d'un long moment, regardant tout en bas.
– Je me demande si c'est une bonne idée de grimper, marmonne Gélatine toujours aussi soucieuse.

Tout à coup, elles rencontrent enfin un replat, sorte de corniche traversée par la gouttière. Elles prennent appui, font chacune à leur manière un savant redressement, puis se retrouvent enfin sur une surface horizontale!
– Ouf, sauvées! Crie Moulinette en moulinant de joie.
– Attention Moulinette! Tu vas tomber, tu as vu à quelle hauteur on est! Dit Gélatine en la grondant un peu.
Elles avancent un peu, et soudain au détour d'un pilier: la Gargouille! La grande Gargouille! Elles sont bien face à une sorte de monstre, qui les regarde d'un air très, très mauvais.

Gélatine se gratte la gorge:
– Ahem! Bonjour madame la grande Gargouille, risque-t-elle.
Qui ose me déranger? Rugit la Gargouille.
Euh, ben, c'est nous, quoi, Gélatine et Moulinette! Répond Gélatine avec un sourire qu'elle essaie de rendre enjôleur.
Ah ha ha ha ha! Rugit la Gargouille. En voilà de bien drôles. Et vous débarquez comme ça, tranquillement? Mais je les mange, moi, les petites écervelées comme vous! Je les dévore! Je n'en fais qu'un coup de dents! Ah ha ha ha ha! Elle claque de ses immenses mâchoires pour illustrer ses dires.
Ben, heu, c'est à dire que… C'est la Tronçonneuse qui nous a dit de venir vous voir… Reprend Gélatine.
Ah ha. Hum. La Tronçonneuse. Bonne vieille branche! Enfin c'est une image. Bon. Dans ce cas c'est différent. Et qu'est-ce que vous voulez?
Eh bien, on voudrait savoir où est le chemin du tour du monde.
Le chemin du tour du monde… Ah, si je le connaissais… Je ne serais plus là, voyez-vous. Vous croyez que c'est marrant, d'être là, accrochée à ma corniche, à gargouiller à tous vents? J'en ai assez et plus qu'assez! En plus, ils disent que je suis mauvaise, mais ce n'est pas vrai! C'est eux qui sont mauvais, tiens! Ils vont à l'église comme on va au pressing, pour ressortir tout blancs après trois Pâtés et deux Avers, et pour mieux continuer leurs méchancetés comme avant! Alors que moi, non, droite comme un i, on me dit « gargouille », et je gargouille, fidèle au poste.

Gélatine et Moulinettes, déçues, se demandent ce que peuvent bien être les Pâtés et les Avers. Tout en réfléchissant à la façon dont elles vont bien pouvoir arriver à faire le tour du monde, elles s'assoient sur le bord de la corniche en balançant leurs pieds dans le vide. Les lampadaires blafards, tout en bas, dessinent des ronds orangés et les rues sont autant de petits rubans clairs qui s'en vont dans toutes les directions.
Nous voilà bien avancées, soupire Gélatine, un peu découragée.
Ben oui alors oui, dit Moulinette, tristement.
[suite]
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Vendredi 27 mars 2009 5 27 /03 /2009 07:00

Le vieux puits




La journée est déjà bien avancée. Gélatine et Moulinette marchent d'un bon pas, soucieuses d'arriver au vieux puits avant la nuit.
Gélatine, tout en marchant, réfléchit. Elle ne se souvient plus, mais alors plus du tout pourquoi elle avait voulu faire le tour du monde. Dans le fond, elle n'aurait jamais pensé qu'il puisse être si grand, le monde.
Moulinette sifflote gaiement, toute heureuse d'être de nouveau en route.
Elles marchent, marchent, marchent, jusqu'au soir.

Après un tournant du chemin, elles trouvent enfin le vieux puits. En regardant alentour, elles comprennent pourquoi la Tronçonneuse leur a conseillé l'endroit: le vieux puits est au beau milieu d'une clairière, et tout autour, de vieux chênes semblent se tenir les mains, comme dans une ronde joyeuse et immobile, liés par les lianes qui les parcourent.
Elles prennent le temps de choisir leur arbre, sereines. Elles savent que désormais la Tronçonneuse a pris goût à la vie, et qu'elle ne pourra plus tronçonner sans penser à elles. Peut-être même ne tronçonnera-t-elle plus? Elles choisissent le plus grand, le plus fort, et le plus moussu des chênes, et s'y installent pour la nuit.

Au matin, Gélatine et Moulinette ouvrent un œil chacune, et constatent avec satisfaction que nulle tronçonneuse ne tente d'abattre leur chêne.
Moulinette rassemble ses affaires, Gélatine rien, et elles descendent précautionneusement.
Le vieux puits étanche leur soif, elles picorent ça et là ce que cette clairière a disposé d'agréable pour elles: des fraises des bois, des mûres, de la mélisse, de la menthe. Rien que de délicieux.
Gélatine dit:
– Viens Moulinette, on y va.

Elles se remettent en route, bien rassasiées. Gélatine rumine:  la grande Gargouille, quelle drôle d'idée elle a eu là… N'auraient-elles pas mieux dû partir vers la Côte Blanche ou la Fin des Terres? Au fur et à mesure qu'elles avancent, l'angoisse de Gélatine grandit. La grande Gargouille, la grande Gargouille!

Entre chien et loup, après avoir traversé la journée durant des plaines et des champs et des villages et des bocages, Moulinette commence à ralentir. Elles sont sur le point de désespérer de trouver la grande Gargouille. Qu'il est long, le chemin qui y mène! S'il y mène…
[suite]
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Lundi 23 mars 2009 1 23 /03 /2009 07:00

Les trois chemins




La Tronçonneuse se ressaisit, regarde Gélatine, Moulinette, l'arbre, puis à nouveau Gélatine et Moulinette. Elle s'éclaircit la gorge et dit d'un ton ému:
– Vraiment, je suis bien contente d'avoir découvert ce truc, là, le rire. Je me demande comment j'ai pu vivre jusqu'ici sans connaître cette sensation si agréable.
Elle leur saisit les mains:
C'est grâce à vous deux, merci, merci!
Il n'y a pas de quoi… Répond Moulinette, rougissante.
D'ailleurs, pour vous remercier, je renonce à couper votre ami l'arbre.

A ces mots, Gélatine et Moulinette se prennent par la taille, et entament une ronde endiablée en chantant:
On l'a sauvé! On l'a sauvé! On l'a sauvé! On l'a sauvé!
L'arbre en frémit de plaisir, ses feuilles bruissent doucement, et la Tronçonneuse regarde le ballet en se grattant le menton.

Essoufflées, Gélatine et Moulinette se lâchent les mains et reviennent vers la Tronçonneuse.
Gélatine lui demande:

Tronçonneuse, nous n'avons plus rien à faire ici, peux-tu nous indiquer comment on sort du petit bois?
Bien sûr. Dans quelle direction voulez-vous aller?
Nous cherchons le chemin du tour du monde.
Le chemin du tour du monde? Jamais entendu parler.
Gélatine et Moulinette se regardent en faisant la moue, puis Moulinette reprend, boudeuse:
Le chemin qui nous a menées ici n'a même pas voulu nous dire où on pouvait aller après lui.
Ah, eh bien, je vais vous le dire, moi, où vous pouvez aller. C'est pas bien compliqué, vous avez le choix entre trois chemins. Vers la grande Gargouille, vers la Côte Blanche ou vers la Fin des Terres.
Vers la grande Gargouille, oh oui! Dit Gélatine en battant des mains.
Moulinette la regarde en biais, d'un air inquiet.
Tu es sûre? Demande la Tronçonneuse.
Euh, ben, euh, non, mais j'aimerais bien y aller, voir comment c'est, quoi…
Bon. Dans ce cas, je vais vous montrer comment on y va. Vous pourrez vous arrêter ce soir au vieux puits.
Elles rassemblent à nouveau toutes leurs affaires, Moulinette ses cailloux très jolis, sa photo, sa décalcomanie, ses bouts de plastique, son morceau de verre et son bout de laine, et Gélatine toujours rien. Moulinette offre solennellement son épluche-légumes et sa collection de cure-dents sculptés à la Tronçonneuse, par sympathie bien sûr, mais aussi parce qu'elle pense sincèrement ne pas en avoir besoin en route. La Tronçonneuse la remercie chaleureusement.
Elle leur indique ensuite la sortie du petit bois. Gélatine et Moulinette l'embrassent tendrement, puis elles se souhaitent mutuellement bon vent.
Au revoir! Crient-elles en se retournant.
[suite]
Publié dans : Gélatine et Moulinette, feuilleton - Communauté : Le Livre Virtuel
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