Les images sont (en général) cliquables…

Des processus de création

Dimanche 27 septembre 2009 7 27 09 2009 19:45
Une image, je ne vois que ça pour évoquer encore cet entre-deux.

Un étang. Vaste et calme.
Je jette des cailloux dans l'eau.
Je reconnais l'impulsion qui naît en moi, la joie la colère, la rage, le désespoir, l'hésitation, la fragilité, l'assurance, je vois comment cette impulsion soulève mon bras, comment elle se traduit en geste, comment les cailloux s'élèvent dans les airs et la façon dont ils retombent dans l'eau, en tir groupé, ou précis, solitaire, ou hésitant, aléatoire et défaitiste…
Je contemple les ronds qu'ils font dans l'eau; je reconnais dans ce miroir le juste reflet de ce que j'ai ressenti au fond de moi, ou le reflet brouillé de ce que je n'ai pas ressenti, lorsque mon geste était oublieux.
Mais ensuite?
Il y a la surface de l'eau, mise en mouvement – émue. Les cercles concentriques s'éloignent, se croisent, brouillent la surface de l'eau, touchent la rive en vaguelettes, et au fil de leur arrivée y impriment un mouvement.
La rive, c'est l'autre.
L'autre, c'est parfois moi, c'est chacun de nous.
L'autre, s'il est un peu sensible, si cela correspond à quelque chose en lui, percevra le mouvement qui lui parvient. Peut-être laissera-t-il la vaguelette imprimer un mouvement en lui. Peut-être reconnaîtra-t-il en lui l'endroit qui se met en mouvement, s'émeut. Peut-être laissera-t-il les ondes continuer à s'élargir en lui jusqu'à ce que l'entier du mouvement initial se déploie à nouveau.
Emission-réception-émission-… Sac et ressac, infini mouvement.
Cette transmission s'opère sans mots, mais au moyen du langage de la création. C'est un langage sans phonèmes, sans signes convenus, sans syntaxe organisée socialement.
Il me paraît de même nature qu'un tressaillement au coin d'une lèvre, qu'un léger froncement de sourcil, qu'une étincelle dans le regard, signes de corps à corps que nous avons appris à lire au berceau sur le visage qui nous servait de miroir – si ce miroir était lisible.
Mais il y a ici un intermédiaire: le support sur lequel la création est réalisé. Ce support interposé entre celui qui met-en-œuvre ce qu'il ressent et celui qui le reçoit n'est finalement pas un écran, mais un moyen de répercuter plus loin, beaucoup plus loin ce qu'un léger clignement d'yeux ne peut signifier que dans une sphère restreinte.
Dans les deux cas, il y a information de l'un à l'autre sur des ressentis immédiats de corps, de manière plus ou moins claire ou brouillée, au départ ou à la réception. Ne change que la distance.
 
C'est la culture, dans le lien le plus direct qu'elle a avec nos origines.

Processus de création
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Jeudi 24 septembre 2009 4 24 09 2009 18:18

24.9.09 – 40 x 30 cm

Je ne suis pas convaincue par la couleur. Mais alors pas du tout!
J'en ai eu envie, puisqu'elle est là. Mais une fois terminé, mis à distance, ça me paraît anecdotique.
Je n'ai pas encore apprivoisé la couleur…
Elle me fascine et me distrait, je ne sais plus voir ce qui est essentiel, attirée par le clinquant comme un papillon de nuit par la lumière. D'ailleurs on voit bien que ce sont les couleurs de quelqu'un qui vient du noir et blanc…
Et puis le format ne me convient pas non plus. Ni carré, ni horizontal: ça ne me convient pas.
Enfin bon, rien ne va, en somme!

NB: j'ai finalement repris ce dessin, qui n'existe plus tel qu'on le voit ici.
Le résultat de cette reprise est visible 
dans cet article-ci.
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Mardi 22 septembre 2009 2 22 09 2009 11:20
Il y a un moment déjà que j'ai commencé ce texte, suite à un échange sur un précédent article.
J'entrevois la suite de ma réflexion sur les processus de création, curieusement amputée d'autrui…


Je me suis jusque-là intéressée au début du processus: comment les forces affectives en moi peuvent, à un moment donné, se condenser sur le support – en l'occurrence le papier – en formes, en lignes, en traces, jusqu'à ce que l'image déposée fasse office de miroir, juste reflet de ce que je vis au moment où je crée. 
Mais que se passe-t-il ensuite, lorsque l'image piégée dans le miroir est montrée à d'autres yeux? Il paraît bel et bien y avoir parfois résonance. Certes je m'y attendais ou plutôt je l'espérais – c'est en partie elle que je recherche en créant: tout d'abord trouver la résonance avec moi-même, plonger mon pinceau dans la marmite bouillonnante qui m'habite, le déposer sur le papier, le proposer au regard d'autrui, qui y résonnera (ou non).

21.9.09
21 x 29.7 cm


Je ne me suis jusqu'à maintenant considérée qu'en tant qu'émettrice. Comme si j'allais de toute façon parler dans le vide. Comme si mon attente devait forcément être fantasmatique. Comme si l'Autre n'existait pas… En moi aussi pourtant, spectatrice, lectrice, auditrice, les images statiques, mobiles, mais aussi images de mots, images en sons produites par les autres trouvent parfois écho. Je suis parfois cet Autre, pour quelqu'un d'autre: la preuve est là, que quelque chose passe les frontières de l'individu qui exprime.
Mais ce mouvement de l'un à l'autre, mystérieux, quel est-il?
Il y a bien action, impulsion de la part de qui propose à voir; il y a parfois réaction, mouvement, é-motion, de la part de celui qui reçoit. Comment quelque chose a-t-il pu se transmettre de l'un à l'autre, sans mots?

C'est comme si une forme, générée par quelqu'un, prenait son envol et allait imprimer la forme affective initiale dans l'autres, quand sa propre structure le permet. C'est assez fascinant. Il me semble que le terme imprimer convient assez bien, et peut rendre compte de différents niveaux de similarité avec l'original, d'imprimer un mouvement à photocopier.
De quoi ces nuances dépendent-elles? De la forme qui s'envole, ou du terreau où elle se pose?
Elles sont probablement fonction de la clarté du propos lors de l'émission, mais aussi de la puissance évocatrice, poétique, de la place laissée par l'auteur à l'imaginaire de l'autre; elles varient également pour partie selon la sensibilité, l'ouverture, la capacité à être é-mu de celui qui reçoit.
Je vois encore un paramètre – et c'est là mon présupposé: celui de la similarité de structure affective entre la personne qui crée la forme et celle qui la reçoit.
 
Processus de création
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Dimanche 28 juin 2009 7 28 06 2009 18:20
C'est intentionnellement que je ne mets pas de "s" à vacance. Vacance comme vide. J'ai besoin de me retrouver, de sentir, de m'emplir, de créer sans montrer, si ça me chante, comme ça me chante, quand ça me chante.

Je suis perdue ces temps, et en ce moment de désorientation, ce blog me perturbe.
J'ai eu du plaisir à faire ce dessin pour le MAB hier, puis en le regardant, j'ai me suis rendu compte que j'avais fait une illustration "à la manière d'avant", enfin bien pire qu'avant, car vraiment je n'ai plus envie de "bien faire" – ça ne m'intéresse plus. Oui, c'est la faute du thème: je hais les thèmes, mais
il a bon dos, le thème. Il y en a qui m'habitent, un point c'est tout, alors il me suffit d'entrer en résonance avec le petit coin de moi qui l'abrite. Il en est qui me sont étrangers, du moins que je ne vois pas comment traiter autrement qu'en illustrant, et vraiment, je me rends compte que je n'en peux plus de l'illustration – plus jamais l'illustration.
Me voici revenue à une série de choix par la négative: "pas ci, pas ça, pas ça non plus" qui me sont coutumiers. Tant pis. Il faut croire que j'ai besoin de procéder de cette manière.



Cette auréole d'encre mêlée d'eau laissée sur le papier par le pot où je rince mes pinceaux est la dernière trace de ma série au jour le jour. Elle illustre bien le moment: la boucle est bouclée, le vide est au centre, c'est une trace fortuite qui laisse présager de quelque aventure à venir. Fermée et ouverte, elle me va bien, aujourd'hui.


Je suis vraiment contente d'avoir publié quotidiennement pendant presque cinq mois. J'avais hâte d'enrouler la suite de la bobine de mon fil rouge. J'avais besoin de rester en contact permanent avec cette préoccupation de créer. J'avais hâte d'apprivoiser des formats plus grands. Ce blog a été un accélérateur de maturation et grand stimulant pour moi; mais on ne peut pas vivre tout le temps sous stimulant… J'espère que je vais continuer à créer de façon quotidienne, même sans le cadre du blog. Mais pas forcément en terminant un dessin par jour. Pas forcément en publiant ce que j'ai fait au fur et à mesure. De la mesure, justement, voilà ce qu'il me faut.

Si le nombre de choses pratiques que j'ai à faire m'en laisse le loisir,
je vais commencer dès demain par m'asseoir et ne rien faire. Je vais fermer les yeux, ou les ouvrir, comme ça viendra. Je vais à tout le moins ouvrir les oreilles, les pores de ma peau, déboucher mon nez, respirer tranquillement et attendre. Attendre que l'outre vide que je suis ces jours se remplisse, doucement, à son rythme, si elle le veut bien.
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Jeudi 25 juin 2009 4 25 06 2009 16:15
C'est mon tour. C'est mon tour de douter, de ne plus savoir.
Un interstice s'est ouvert dans ma production: quel inconfort… J'en suis heureuse, car je commençais à me sentir vraiment insatisfaite, et c'était encore plus difficile à vivre.
Tout à coup, il a fallu que je fasse sauter le bouchon, que je procède autrement. Comment, je n'en sais rien, mais autrement.
Je ne sais plus, je doute, mais tant mieux.

Le confort est un piège*. Il évite l'angoisse, c'est certain. Mais il évite aussi la satisfaction…
Le geste est sûr, la certitude du résultat sécurisante, mais lorsque rien n'échappe à la maîtrise, il n'y a pas de surprise, pas d'interstice, pas de vibration, pas de jubilation, pas de vie.
Il y a aussi dans la bouche un goût amer, car nous savons que nous nous sommes amputés d'une partie vivante de nous-mêmes.
Malgré cela, il y a cette petite voix au fond de nous, qui insiste et qui dit: "Pourquoi te réfugies-tu dans une prison? Pourquoi te masques-tu les yeux? Pourquoi n'avances-tu pas courageusement là où tu sais que tu dois aller, au fond de toi? Pourquoi ne fais-tu pas les gestes qui sont vitaux pour toi?
Nous nous bouchons les oreilles de toutes nos forces pour ne pas l'entendre. Oui, certes, il y a cette insatisfaction, qui traîne comme un brouillard pesant au fond de nous, mais qu'importe, nous ne désirons  pas vraiment quitter notre confort.

Puis un jour, ce brouillard commence à monter, monter inexorablement. Nous ne pouvons plus refouler ce désir, longtemps bridé. Il faut lâcher ce que nous avons construit pour nous rassurer. Nous devons retourner au bord du vide. Il s'agit à ce moment de vie ou de mort – du moins en avons-nous l'impression.
Rester dans ce marasme, nous le sentons bien, c'est au moins une petite mort: l'anesthésie progressive, la distance de plus en plus grande avec nous-mêmes, l'insatisfaction qui monte et nous étouffe…
Pour nous sentir à nouveau vivants, nous devons nous remettre en route. Nous devons risquer de tomber, risquer le ridicule, risquer de nous perdre, risquer de prendre de grandes claques, risquer de nous éloigner de nos semblables, risquer le tout pour le tout. Nous devons braver le regard d'autrui qui nous implore de ne pas quitter le connu. Nous devons nous mettre en danger. Nous devons retrouver le vivant en nous.



Le mystère Picasso

Et qu'est-ce que le danger, finalement?
Le danger, c'est de quitter les terrains familiers pour défricher de nouvelles terres.
Le danger, c'est s'investir corps et âme dans une création, c'est se battre jusqu'à ce que quelque chose de juste et vrai se fasse jour. Le danger, c'est qu'une part de soi encore inconnue de nous se montre, et que nous ayons à la faire voir, à la reconnaître.

Pour moi, les critères sont simples, finalement. Lorsque je crée la peur au ventre, c'est que quelque chose de vrai va se passer. C'est le vivant.
Lorsque j'ai peur de tout abîmer, c'est que je suis en train de figer, de freiner pour rester dans le connu. C'est le mort.
Là, il n'y a qu'une chose à faire: trancher dans le vif pour réinjecter de la vie, aussi contradictoire que ça puisse paraître.

*[le piège du confort, en matière de création, comme dans d'autres domaines, voir mon article sur Home et les raisons qui font à mon avis qu'on ne change pas de cap immédiatement]
Processus de création
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Mercredi 27 mai 2009 3 27 05 2009 10:54
J'avais envie de revenir sur mes dessins d'hier, et faire part ici de la façon dont ils sont apparus.

Il y a d'abord eu un dessin très conventionnel, dicté par le savoir-faire, l'encre apprivoisée, le geste connu. J'en étais satisfaite, j'aimais la trace, le grain du papier, visible, le mouvement, agréable à l'œil. C'est tout.

Je ne sais pourquoi (la place qui me restait sur le papier? La frustration d'être restée en surface?), il m'a fallu en faire un deuxième, un peu plus bas sur la page.
J'ai eu le sentiment que de la surface, je descendais juste en-dessous de la peau, dans une sorte de zone-tampon au-dessus de mes émotions, déjà un peu perceptibles, mais pas vraiment en contact avec elles. Un peu comme sur un matelas pneumatique posé sur la mer: j'en sentais les mouvements, mais je n'y étais pas plongée. Je flottais au-dessus, portée par la force d'Archimède, sans me mouiller.




Il m'a fallu en faire un troisième sous les deux premiers.
Là, j'ai eu le sentiment de plonger vraiment. J'ai oublié l'image.
Bonheur d'abord, liberté retrouvée, intensité de l'instant, être… J'ai oublié les mots.
Ce n'était plus moi qui traçais. Plus de je. Seulement du jeu.
J'ai juste vibré à l'unisson et joué avec ce qui se traçait.

En regardant ce dessin, j'ai aujourd'hui encore ce sentiment d'amour et d'unité qui n'est pas lié à son aspect extérieur, à ses qualités visuelles. Il n'est pas flatteur de mon égo: je me sens lui, c'est simplement moi. Il est juste, reflet changeant des mes émotions de l'instant, de mon corps, de mes sensations.
Des trois, c'est celui où mon regard revient sans cesse. Je m'y promène, je m'en délecte, je m'y roule. Il est image, mais il est toucher, mouvement, tiédeur, enveloppement, stimuli visuels, sourd et calme clapotis, vibrations.
Sourire béat.




Puis j'ai relevé la tête, et le premier dessin m'est à nouveau apparu. Je n'ai pas supporté sa vue policée, lisse, vide… Et je l'ai attaqué à l'encre et au crayon.
Quitte à ce que ce soit une peau, autant que ce ne soit pas une armure. Autant qu'elle ne me sépare pas de moi. Autant qu'elle parle, qu'elle dise toutes les traces dont elle se souvient.
J'ai failli passer à travers le papier.



Puis je me suis apaisée, et les trois dessins ont enfin pu cohabiter sur le même papier.

Processus de création
Egalement publié sur le MAB.
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Samedi 25 avril 2009 6 25 04 2009 12:23
Je m'aperçois qu'on peut prendre en considération différents niveaux pour représenter de ce qui est, par la création plastique:
  • • La réalité extérieure, celle qu'on embrasse par le regard et dont nous rendent compte nos perceptions, articulées à notre structure: expérience, souvenirs, culture,…
  • • Les fantasmagories, les évocations: la réalité extérieure, à laquelle vient se surajouter tout le domaine de l'imaginaire, qui pivote autour de notre univers de sentiments, teinté par la mémoire de notre rapport au monde;
  • • Et il y a la réalité intérieure: le monde des sensations, des affects ou états d'être, bruts de décoffrage.

C'est ce dernier niveau qui m'intéresse. J'éprouve un réel besoin de connaître, instant après instant, l'état de ma météo intérieure, et ce niveau de réalité intérieure est pour moi plus profond et plus juste.

Lorsque je crée, et que je parviens à être en lien sans fard avec ce niveau-là, c'est comme si je grattouillais en même temps que mon support des strates profondes en moi et qu'un lien direct s'établissait avec le monde des sensations de corps, pas
même élaborées en sentiments, tout en mouvement, vivantes, encore toutes chaudes.

Ce n'est finalement pas d'exposer sur le papier ce peuple des tréfonds qui m'intéresse, mais qu'au moment où je crée, le lien qui s'établit avec ce monde me procure une sensation d'être juste, alignée, en phase avec moi-même; c'est de cette sensation-là que j'ai besoin.

Ce qui reste sur le papier, ce ne sont que des scories. Des mues, des traces d'un instant passé.
Et lorsque mon geste est vraiment juste, libre, débarrassé de toute bienséance, ce que je vois apparaître sur le papier est à la fois mien et non mien, simultanément neuf et déjà vécu.
Ce n'est pas le résultat volontaire d'un savoir acquis, c'est l'intersection inopinée dans le plan de la feuille des gestes d'une vie et d'un état affectif immédiat.
C'est justement la précision de cette intersection qui me ravit… lorsqu'elle produit.
Processus de création
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Mardi 21 avril 2009 2 21 04 2009 21:53
Dès qu'intervient ma volonté, rien ne va plus.
Les gestes que je connais sont sûrs d'eux, mais laissent des traces mièvres, creuses, fausses, prétentieuses, ampoulées, je hais les voir sur le papier.
J'aime tellement mieux les gestes que je ne connais pas: ils sont pleins d'angoisse, suspendus au bord du vide avant de sauter, mais laissent des traces qui me parlent, m'émerveillent, qui sont sensibles, profondes, simples ou complexes, mais justes, nouvelles…
Le drame c'est que j'ai beaucoup de peine à être suffisamment en phase avec moi-même pour laisser parler les gestes justes. Ils viennent un peu quand ils veulent – et surtout quand je ne les attends pas.

Moins je suis juste, moins ça va, plus je m'énerve… A un certain point d'énervement, parfois, la justesse revient en force (c'est le cas de le dire) et ça explose. Aujourd'hui, ce point d'énervement, il est haut. Très, très haut… Si haut qu'il monte encore et que je peine à en atteindre le sommet. J'attends toujours…

Et puis je renonce. Aujourd'hui, non, ce n'était pas l'explosion de colère qui allait me libérer. C'est le désespoir. A quoi bon. Tout arrêter. M'asseoir dans le canapé et bouffer des biscuits.

Je prends une nouvelle feuille. Le désespoir est une trace blanche sur fond blanc, aujourd'hui. Puis du gris. Le blanc, gras, réapparaît. Je recommence à exister. Puis des traits noirs, fins, entrelacés. Ça y est, je suis là. Me voici enfin. Epuisée, essorée, enfin calmée.


Processus de création
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Dimanche 5 avril 2009 7 05 04 2009 11:39
Là où j'ai le plus besoin de ma créativité, c'est pour développer des stratégies pour éviter de penser pendant que je peins…

• Éviter d'écouter la petite voix paresseuse qui dit: "tu n'as qu'à faire comme l'autre jour, souviens-toi, ça avait bien marché…". Avec violence, lui répondre "hier c'était hier, aujourd'hui c'est aujourd'hui. Rien à voir".

• Éviter d'écouter l'autre petite voix anxieuse qui dit: "mais tu es sûre que tu vas y arriver? Oh là là, regarde, c'est mal parti… Fais donc attention, applique-toi". Hausser les épaules et lui tirer la langue.

• Éviter d'écouter la troisième petite voix distraite qui dit: "allez, de toute façon, tu t'en fous…". La chasser du revers de la main et être pleinement dans le présent.



Évidemment, plus la peinture que j'entreprends est gande, plus le travail est long, plus j'ai de chances de succomber aux injonctions de ces petites voix en route: j'ai enfin compris ce qu'étaient les sirènes

Le champ de bataille est alors vaste, et les rangs serrés de mes petites voix ne me font pas de cadeau. En combattante plus ou moins aguerrie, je ferraille du pinceau, de la plume et du crayon jusqu'à l'épuisement de l'une des deux parties…
Si c'est moi qui succombe, la partie est perdue pour la journée, il me faudra reprendre le combat un autre jour.
Si ce sont mes petites voix qui ont fini par se taire, ma peinture est finie. Enfin!
Processus de création 
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Vendredi 3 avril 2009 5 03 04 2009 11:13


J'éprouve ces temps un vif plaisir à tracer lentement. Ce qui me réjouit, c'est que la lenteur du trait ne m'amène pas forcément à vouloir le diriger. Je peux laisser faire, même en douceur. Il ne m'est pas nécessaire de tracer avec colère pour trouver le trait juste. J'apprivoise l'instant, j'apprends à me laisser surprendre par les virages subits de mon outil, sans idée préconçue, même en traçant lentement. Je suis prise par les infimes variations du trait, par ses nuances subtiles qui me ravissent au moment même où elles se produisent, malgré moi.
Comme un chemin qui s'ouvre devant moi, le trait se déroule et me découvre son intention au fur et à mesure que je le suis.
Un vrai bonheur, lorsque cela se produit.

On peut chercher de quoi il parle, ce trait, quelles sont les formes qu'il a tracées, d'où elles émanent (de l'inconscient individuel, collectif)… Oui, on peut.
Pour moi, le plus important, c'est ce qui se joue dans l'instant. Ma capacité ou non d'être présente à moi-même. L'autorisation que je me donne ou non de laisser faire, de suivre ce qu'on peut appeler intuition. Il s'agit de développer mon rapport au monde dans un registre de justesse plus que d'analyse ou d'anamnèse.

Le passé n'existe plus. L'inconscient, vaste tuyauterie qui avale et refoule, n'a de sens pour moi que dans les effets qu'il produit dans le présent.
Ces effets, à mon avis, sont en quelque sorte des effets de forme imprimés ici et maintenant par cette structure construite au gré de nos frottements au monde, dès l'origine, la structure affective.
C'est elle que j'ai plaisir à voir émerger de temps à autre dans mes peintures, dans les répétitions, à travers mon rapport au support et au trait. C'est elle que je consolide, apprivoise et assouplis, en me rapprochant du trait et de la forme justes. C'est elle, que je ne vois pas mais qui me porte lorsque je suis congruente, qui m'oblige à la défensive et à la bagarre lorsque je suis en porte-à-faux.
En épousant ses contours, trait après trait, couche après couche, grattage après grattage, je tente de m'en défendre de moins en moins, de conquérir un espace plus vaste, au-dedans et au-dehors.

C'est là que se construit le sentiment de complétude.
Processus de création
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