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5 mars 2010 5 05 /03 /mars /2010 18:28
Comme c'est vivifiant pour moi de me replonger de temps à autre dans la lecture de Dubuffet…
Je le lis en désordre et en travers, et je suppose que Dubuffet l'aurait pris comme un hommage.

Une petite lichette:
" Ce n'est pas tant par son insistante présentation d'œuvres du passé que la culture est nocive. Ce n'est là qu'une de ses fonctions et qui constitue plutôt un cérémonial préalable: ce qu'est l'anesthésie avant l'opération. Son action la plus néfaste consiste dans l'apport d'un vocabulaire. Elle propose – non, elle impose – des mots de son cru qui, véhiculant des concepts préfabriqués, peuplent ensuite l'esprit et le jalonnent; devenant pour lui sémaphores. Il est à remarquer que ce mobilier de mots encombre la pensée de notions simplistes et on peut même bien dire toutes fausses à cause de simplification excessive; tout mot est grossièrement simplificateur, isolant une notion de toutes les autres auxquelles elle tient, tendant à immobiliser ce qui est mobile, à fixer ce qui est en permanente mouvance, à livrer la notion dépouillée des jeux de lumière qui l'éclairent, la transformant en simple chiffre, qui n'est d'elle qu'un écho éteint, appauvri, dénaturé. Le vocabulaire, grand recours de la culture, est l'ennemi de la pensée. Plus on l'accroît, plus celle-ci se voit encombrée – encombrée de meubles pesants et fixes, de corps morts – et privée de son espace."

Posé le livre, à moi les grands espaces, l'envie de gambader dans désert de Gobi me reprend, me voici délivrée du savoir, du bien-penser, de la bienséance, et de tout ce fatras qui ligote la création… Je cours à l'atelier.

Merci Jean!

Dubuffet4-Venus-au-Trottoir-1946.jpg

Jean Dubuffet, Vénus au trottoir, 1946

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publié par L'atelier d'Annik - dans Sources de réflexion
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commentaires

pictoneo 05/03/2010 22:51


bravo pour cet article ! je ne savais pas que Dubuffet 'dé-théorisait' aussi bien ! Du coup, ça me donne envie de le lire !


L'atelier d'Annik 06/03/2010 15:53


:-) Vas-y, lis-le, c'est vraiment salutaire!
J'ai toujours à portée de main "Asphyxiante culture" dont est tiré cet extrait, mais aussi "Bâtons rompus", son dernier livre je crois, qui sont des entretiens fictifs avec lui. C'est pour moi une
source de vitalité et d'élan! 


Nadir 05/03/2010 21:48


Les mécanismes de la pensée restant, pour beaucoup de ses aspects, toujours mystérieux, on peut comprendre que l'assimilation du "pensé" aux mots qui vont permettre de l'exprimer est
forcément  réductrice. C'est donc sans doute par une vue plus générale, plus évocatrice que descriptive, que la pensée peut se transmettre au delà du discours. Je présume qu'il existe d'autres
cheminements, dont la fulgurance se joue du discours linéaire. Mais le problème reste entier, parce que si la communication peut exister en dehors de toute culture, elle peut difficilement
s'éloigner totalement des références culturelles des locuteurs.
J'aime beaucoup ce texte de Dubuffet! Merci de le partager


L'atelier d'Annik 06/03/2010 15:52


Il me semble que ce n'est pas le langage en tant que tel que Dubuffet critique, mais le jargon propre au monde culturel, ensemble de codes impénétrables au non initié qui ont pour effet de
"sanctifier" ceux qui respectent les codes et exclure les autres, démarche qui permet d'auto-conforter un noyau de gens qui se congratulent mutuellement, et de figer les modes de
représentation.
Sinon, tu parles de fulgurance, et j'aime beaucoup ce terme. Cette fulgurance, pour Dubuffet et pour moi à sa suite, c'est celle de la création vraie, de la création vivante. Si cette création
touche à ce qui est essentiellement humain, elle fait résonner l'humain dans ses locuteurs, point n'est besoin de code…


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